La consommation des médias chez les jeunes en 2024 : toujours plus hybride

 

Face une consommation de l’information plus mobile, sociale et vidéo de la part des jeunes générations, les médias traditionnels sont eux-même amenés à s’adapter. Découvrez notre analyse sur l’évolution du rapport des jeunes à l’information.

C’est un sujet récurrent, voire un peu tarte à la crème. Et en même temps, il est structurant, tant il promet de redessiner le paysage médiatique (les jeunes d’aujourd’hui sont les moins jeunes de demain !). À l’occasion d’un nouveau passage d’année, on a voulu faire le point sur la manière dont les jeunes accèdent et consomment l’information.

Tout d’abord, de qui parle-t-on ? Que définit-on comme « un jeune » ? Les uns parlent de « génération Z », pour qualifier celles et ceux qui sont nés entre 1997 et 2010. Pour d’autres, il est même pertinent d’analyser les choses au prisme des « digital native », ces individus nés à l’ère du numérique, notion qui englobe encore plus large en incluant la population née entre 1980 et 2000.

Les usages concernant la façon d’accéder à l’information ont, bien évidemment évolué dans l’ensemble des tranches d’âge ces dernières années. Mais la différence est particulièrement marquée dans la génération Z. Un usage que l’on pourrait résumer en un chiffre, issu de  l’édition 2023 de l’étude médiamétrie « Les français et internet» (pour laquelle nous avions déjà réalisé une synthèse) : les moins de 25 ans passent près de 3h par jour en moyenne sur les réseaux sociaux.

Un intérêt pour l’actualité intact

Contrairement à certaines idées reçues persistantes, la génération Z ne s’intéresse pas moins à l’actualité que les autres générations. En revanche, elle s’informe différemment : moins de télé ou de journal papier, et plus de smartphone, consulté en continu à toute heure de la journée.

Les réseaux sociaux représentent ainsi les premiers outils mobilisés sur les smartphones. 54 % des moins de 25 ans dit s’informer chaque jour via les réseaux sociaux (vs 17% chez les plus de 65 ans).

Un chiffre qui, nous le pensons, est encore un peu en deçà de la réalité. En effet, les sondés considèrent-ils encore Youtube ou TikTok comme des « réseaux sociaux » (ou même des « réseaux socionumériques » comme leur était formulée la proposition dans l’étude médiamétrie) ?

Format vidéo, podcasts et pure players

Instagram, youtube, twitch, snapchat et tiktok se disputent aujourd’hui le titre de réseau préféré des jeunes générations. Cinq réseaux qui ont pour point commun de s’appuyer grandement sur la vidéo, voire même sur la vidéo au format vertical. En d’autres termes, si les jeunes s’informent via les réseaux sociaux, c’est également le format vidéo qui est plébiscité. Les plateformes ont ainsi vu prospérer de nouveaux médias pure players, à l’instar de Brut ou de Loopsider. Du côté des chiffres, Konbini explique par exemple avoir produit en 2022 plus de 7 500 vidéos qui ont obtenu un total de 3 milliards de vues. 

« Cette tranche d’âge s’appuie sur une multitude de canaux. Ils sont par exemple les plus gros consommateurs quotidiens de podcasts (22 % contre 16 %) ou de pure players comme Mediapart ou Slate », ajoute Guillaume Caline, directeur enjeux publics et opinion chez Kantar Public France et auteur de l’étude « Baromètre des médias : des rapports à l’info différents selon les âges », publiée dans l’édition du 22 décembre 2023 du Journal La Croix.

Hugodecrypte à l’ère des influenceurs

Ce Baromètre des médias nous apprend aussi que les 18‑34 ans sont 24 % à s’informer via des influenceurs, contre 6 % des plus de 35 ans.

Parmi ces derniers, si l’on retrouve bien entendu quelques influenceurs beauté ou lifestyle qui se permettent des incartades de temps à autres du côté de l’actualité ou du traitement des politiques publiques (à l’instar de Mc Fly et Carlito autour des gestes barrière), d’autres influenceurs ont fait de l’actualité leur fond de commerce.

Parmi eux, Hugo Decrypte est devenu une référence pour les 18-34 ans en quête d’informations. Créé par Hugo Travers en 2015, son format “les actus du jour” sur Instagram comptabilise plus de 100 295 likes en moyenne par publication. Son credo : vulgariser et résumer l’actualité nationale et internationale en moins de 10 minutes. Avec ses 3,9 millions d’abonnés sur Instagram, 5,5 millions sur TikTok, 2 millions sur Youtube, et 300 000 sur Twitch, il est devenu un véritable marque média pluri-canal.  À cet égard, il est également intéressant de battre en brèche un autre mythe, concernant le côté prétendument « zappeur » de cette génération, qui condamnerait les contenus longs. Outre le format déjà honorable de 10 minutes des « actualités du jour », la chaîne youtube d’HugoDécrypte propose également des grands formats qui peuvent atteindre plus d’une heure. Les récentes modification du côté de TikTok, qui permet désormais l’ajout de vidéos jusqu’à 15 minutes, confirme une fois encore que le format long n’est pas mort, pourvu que son montage soit approprié aux codes des plateformes.

Des médias sommés de revoir leurs codes et modes de diffusion

Face à ces nouvelles façons de consommer l’actualité, les médias « traditionnels » sont amenés à adapter leurs contenus et à diversifier leurs propositions, si elles veulent atteindre cette cible.  Le 28 octobre, HugoDécrypte était sur France 2 pour une adaptation sur petit écran de son format «Interview face cachée », habituellement réservé à YouTube. Son échange avec Thomas Pesquet a réuni 1,85 million de téléspectateurs (et 12 000 spectateurs sur la plateforme France.tv).

De son côté, Médiapart fait appel depuis 2016 à son propre influenceur, Usul, pour des chroniques vidéo sur l’actualité qui cumulent chacune plusieurs centaines de milliers de vues.

Les médias s’inspirent aussi des influenceurs en matière de stratégie de diffusion. Depuis des années, des médias comme Le Parisien ou L’Equipe poursuivent une vraie stratégie sur tiktok, snapchat ou instagram pour développer leur notoriété auprès des cibles jeunes. Plus récemment, elles ont investi « les Canaux » sur Whatsapp, pour proposer un lien plus direct à leur communauté.

France 24, qui se targuait déjà d’être le « premier média français sur Youtube » (6 millions d’abonnés) s’est aussi intéressé très vite à l’onglet « canaux » déployé en novembre sur Whatsapp. Le média comptabilise aujourd’hui plus 2,7 millions d’abonnés sur l’application de messagerie, qui trouve là une nouvelle manière de rayonner à l’international. C’est plus que la BBC (1,4 millions) mais moins que CNN (8 millions). Preuve ceci dit qu’il existe bien une place en ligne pour les « médias traditionnels ».

L’avenir de l’actualité se joue sur TikTok

Alors que l’on a beaucoup parlé, ces derniers mois, de l’opportunité de quitter ou non twitter, on en aurait presque oublié de constater la place que TikTok est en train de prendre dans la fabrique de l’information.

Selon le rapport Reuters 2023, 20 % des 18-24 ans viennent désormais sur la plateforme pour s’informer, une hausse de 5 % par rapport à l’année précédente. Le réseau poursuit sa mutation et sa croissance, et s’impose dans un paysage médiatique de moins en moins textuel et de plus en plus vidéo comme une source d’information de premier plan. Au Royaume-Uni, la plateforme est ainsi devenue en 2023 la première source d’information des jeunes, devant Instagram et YouTube. Au point que les médias emboîtent là aussi le pas. Dimanche 7 janvier, tandis que nous finissions cet article, 5 extraits du journal télévisé de 20h sur France 2 s’appuyaient sur des images issues de TikTok.

Marabout, bout de ficelle, cellule de presse

Outre la puissance de son algorithme, l’une des raisons qui explique le succès des contenus d’information sur TikTok est certainement à rechercher du côté de la « newsfatigue » que décrivent désormais les études sur le rapport qu’entretiennent les jeunes à l’actualité. « À quoi bon continuer à s’informer sur la misère du monde, si cela me déprime et génère un profond sentiment d’impuissance ? », résumait il y a quelques semaines le média The Conversation, dans un dossier consacré au rapport des jeunes à l’information. Et selon l’étude Kantar/La Croix, 58% des 18-24 ans expriment un sentiment de lassitude face à l’information (vs 47% chez les 65 ans et plus).

Or c’est bien là la force de TikTok : permettre à l’utilisateur de passer d’un sujet grave à un sujet plus léger, en un swipe, façon « marabout, bout de ficelle, cellule de presse » ! La recette n’est pas nouvelle. Voici près de 10 ans que les équipes de Quotidien alternent le lol et l’analyse politique, voire les hybrident totalement.

C’est sans doute l’ultime enseignement que nous tirons de ce panorama des études et des médias sur le rapport des jeunes générations à l’information. Avec une actualité sombre, face à laquelle les individus se sentent impuissants, les jeunes générations ont trouvé une manière moins anxiogène de la consommer, en l’hybridant avec des contenus plus légers. Ce que propose depuis quelques semaines l’application du très sérieux journal Le Monde, avec son nouveau format « Découvrir » s’inscrit pleinement dans cette tendance.

Ecrit par : J. Bayard

 

 

 

Les Super-héros du Journalisme : Ces Rédacteurs qui ont Changé le Monde

 

Qui sont ces journalistes qui, par leurs écrits, ont marqué l’histoire et contribué à changer le monde ? Remontant dans les coulisses des salles de rédaction, nous avons choisi de mettre en lumière quelques-uns de ces héros du journalisme. Leur parcours, impact et enseignements fournissent une inspiration incomparable pour les rédacteurs d’aujourd’hui et de demain.

Profils et Parcours des Journalistes marquants de l’Histoire

Dans cette section, nous allons découvrir la vie et le travail de certains des plus grands journalistes de l’histoire. Edward R. Murrow, grand reporter américain, est souvent cité comme référence. Ses reportages sur la Seconde Guerre mondiale, diffusés à la radio, ont apporté la réalité du conflit aux États-Unis. Aussi, son combat audacieux contre le sénateur McCarthy est une leçon de courage journalistique.

De son côté, la britannique Clare Hollingworth, première correspondante de guerre, reste dans les annales pour avoir révélé l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie en 1939. Chacun de ces profils offre une approche unique du métier, liée à leur contexte, leur personnalité et leurs convictions profondes.

Leur Impact sur l’évolution de la Presse et de la Société

Chacun de ces journalistes a laissé une empreinte indélébile dans le domaine du journalisme. Par exemple, le travail d’investigation rigoureux de Bob Woodward et Carl Bernstein sur le scandale du Watergate a contribué à renforcer l’importance de la presse libre dans une démocratie. Par la suite, cette affaire a créé un précédent pour le journalisme d’investigation dans le monde entier, réaffirmant son rôle de contre-pouvoir essentiel.

Quant à Nellie Bly, cette journaliste américaine et pionnière du journalisme d’immersion, elle a influencé la façon dont les reportages et enquêtes sont menés aujourd’hui. Son reportage audacieux sur les conditions de vie dans un asile psychiatrique a poussé à des réformes majeures dans les soins de santé mentale aux États-Unis. Elle a ainsi prouvé l’impact social direct que le journalisme peut avoir.

Leurs Enseignements pour les Générations Futures

Les travaux de ces journalistes offrent des enseignements précieux à la nouvelle génération. Leurs récits rappellent l’importance de la curiosité, du courage et de l’intégrité journalistique. Ils rappellent aussi que le journalisme est une vocation dédiée à la vérité, à la justice sociale et à la liberté d’expression.

En tant que rédacteurs d’aujourd’hui, nous aspirons à suivre leurs traces, à connaitre l’humilité, l’éthique, et l’engagement nécessaire lorsqu’il s’agit de tenir la plume. Car, en définitive, ces héros du journalisme ont façonné le métier, non seulement par leurs mots, mais surtout par leurs actions.

Pour finir, notons que ces exemples historiques ne sont pas seulement des figures du passé. Aujourd’hui encore, des journalistes continuent à braver les dangers, à exposer la vérité et à éclairer le public. Cette mission, bien que délicate, reste essentielle pour une société éclairée et libre.

Ecrit par : J. Bayard

Relations entre journalistes et politiques : "Nous avons perduré dans un entre-soi qui s'est même accentué sous la Ve République"

 

L'Elysée a provoqué une levée de boucliers après avoir tenté de choisir les journalistes qui suivront les déplacements d'Emmanuel Macron. Franceinfo revient sur les relations entre le pouvoir et la presse en interrogeant l'historien Alexis Lévrier.

Après le tollé, bientôt l'apaisement ? "Les journalistes qui se sont inquiétés peuvent se rassurer : l'Elysée n'entend pas faire le travail des rédactions", a écrit l'Elysée dans un courrier adressé à Reporters sans frontières (RSF), vendredi 19 mai. La veille, 25 rédactions, dont franceinfo, ont bondi après avoir appris que l'Elysée comptait choisir les journalistes qui couvriront les déplacements d'Emmanuel Macron.

"L’idée est de permettre à plusieurs journalistes de chaque rédaction d’avoir un regard sur la présidence, au lieu de s’enfermer dans un tête-à-tête avec quelques journalistes politiques", s'est justifié l'Elysée. Pour mieux comprendre cette polémique, franceinfo a interrogé Alexis Lévrier, historien de la presse et des médias, auteur de Le Contact et la distance (éd. Les Petits Matins).

Franceinfo : Que pensez-vous de la fronde de la presse dans cette affaire ?

Alexis Lévrier : La presse est tout à fait dans son rôle en refusant que l'Elysée choisisse les journalistes lors des déplacements d'Emmanuel Macron. Je comprends la tentative de verrouillage de la communication voulue par l'Elysée pour redonner de la solennité à la fonction présidentielle, mais Emmanuel Macron franchit une sorte de Rubicon en tentant de choisir ses propres journalistes, en essayant de limiter la liberté d'information. C'est d'autant plus décevant que pendant la campagne, il était l'un des rares candidats à ne pas attaquer systématiquement la presse. On avait le sentiment qu'il la respectait, même lorsqu'elle l'attaquait.

Emmanuel Macron veut raréfier la parole du président de la République. Choisir les journalistes pour les déplacements présidentiels va peut-être dans ce sens...

Je comprends son besoin de trancher après les excès des deux précédents quinquennats. Nicolas Sarkozy était l'hyper-président, il occupait le devant de la scène. Il a aussi exhibé ses relations avec les grands médias et les patrons de presse. Chez François Hollande, c'était une autre dérive : il ne s'est pas rendu compte qu'en gardant le même numéro de téléphone, qu'en conservant les mêmes amitiés, qu'en répondant n'importe quand aux questions des journalistes, il n'allait jamais habiter la fonction de président.

Emmanuel Macron veut retrouver l'esprit de la Ve République, comme l'ont fait François Mitterrand et Jacques Chirac : raréfier la parole présidentielle pour qu'elle marque davantage, pour la rendre plus forte. On peut critiquer cette monarchie présidentielle mais je pense que les Français y restent attachés. Mais si on commence à choisir ses journalistes, ses interlocuteurs, on tombe dans des pratiques vraiment monarchiques que je trouve dangereuses.

L'Elysée a expliqué défendre "une démarche d'ouverture" en ne sollicitant pas forcément des journalistes politiques. N'est-ce pas une bonne chose ?

Eviter un entre-soi avec les journalistes politiques et le pouvoir, d'accord. Mais choisir ses journalistes, c'est déplacer le problème. Nous allons nous retrouver avec des journalistes spécialisés qui seront, eux aussi, dans un journalisme de cour.

Ce "journalisme de cour" est-il une spécificité française ?

J'ai comparé les modèles anglo-saxons et français, de la fin du XVIIe siècle jusqu'à aujourd'hui. Dans une culture du journalisme politique née en Angleterre, qui s'est ensuite propagée aux Etats-Unis, il y a eu une séparation entre pouvoirs politique et médiatique. Nous, en France, nous avons perduré dans un entre-soi qui s'est prolongé bien après la Révolution, et qui s'est même accentué sous la Ve République.

Je me souviens de la polémique qu'il y avait eue entre Nicolas Domenach [journaliste à RTL] et "Quotidien" [l'émission de Yann Barthès sur TMC]. C'était survenu lors d'un voyage en Afrique [en Côte-d'Ivoire en novembre 2016]. On s'apercevait que Nicolas Domenach voyageait aux frais de Manuel Valls [alors Premier ministre], et donc aux frais de l'Etat. Les images étaient terribles pour lui, on le voyait en train de manger des petits fours. Cela donnait l'image d'un journalisme complaisant voire connivent.

Il y avait tout le menu fretin, la masse des journalistes qui voyageaient aux frais de leur rédaction, dans des conditions normales, et des journalistes triés sur le volet, privilégiés et qui, évidemment, volontairement ou non, faisaient un journalisme de cour. J'ai trouvé cela bien qu'on le voie car pendant longtemps cela a été la règle, les journalistes politiques choisis par le pouvoir. C'est l'école de Franz-Olivier Giesbert, des journalistes capables de passer des vacances avec des hommes politiques, qui étaient dans une connivence revendiquée.

"Moi, je baise avec le pouvoir", a déclaré Franz-Olivier Giesbert...

Etienne Gernelle, successeur de Franz-Olivier Giesbert à la tête du magazine Le Point, défend cette méthode. Il estime que c'est un moyen d'obtenir des informations, que cela ne nuit pas à la liberté du journaliste et même que cela créé les moyens de cette liberté car il n'y a pas de liberté sans informations.

Je respecte cette thèse. Je pense que la connivence avec le pouvoir peut être un moyen d'obtenir des informations, certes. Mais le risque c'est d'être manipulé par ce pouvoir. Donc, que l'on aille désormais en France vers un modèle à l'anglo-saxonne, où l'on met des limites entre le pouvoir politique et médiatique, où les journalistes voyagent à leurs frais sans être choisis par le pouvoir, cela me paraît très sain.

La bienveillance voire la connivence de la presse française avec le pouvoir a déjà été épinglée par la presse internationale. En 2014, la presse a peu interrogé François Hollande sur l'affaire Julie Gayet alors qu'il avait tenu une longue conférence de presse.

Nous ne sommes pas le seul pays où l'on trouve des journalistes connivents et tous les journalistes français ne sont pas connivents. Il ne faut pas céder à la tentation du "tous pourris". Nous avons peut-être une tolérance avec cette pratique car nous avons une culture monarchique qui est durablement ancrée mais il y a également une question de formation.

Les élites médiatiques et politiques sont formées ensemble. Des journalistes ont connu d'actuels dirigeants alors qu'ils étaient étudiants. Ces élites apprennent à se connaître, à se fréquenter, d'où le très grand nombre de couples qu'il y a entre journalistes et politiques.

Dans le précédent quinquennat, c'était très impressionnant. Quand François Hollande nomme son premier gouvernement, lui est en couple avec une journaliste [Valérie Trierweiler] et quatre de ses ministres sont avec des journalistes. Cela a sidéré la presse étrangère.

Est-ce que finalement tout cela ne pose pas un problème démocratique ?

Nous avons la presse que nous méritons. Si les Français souhaitent des journaux complètement différents, ils le demanderaient. Il y a une partie du public qui le plébiscite d'où la réussite de Mediapart ou encore d'Arrêt sur images où les gens sont prêts à payer pour une information plus indépendante.

Cela changera vraiment le jour où les citoyens voudront que cela change. Alexis de Tocqueville écrivait que nous avions fait la Révolution pour finalement revenir à un pouvoir personnalisé. Et il concluait que les Français préféraient être égaux sous un maître. Ils préfèrent l'égalité à la liberté.

N'est-ce pas cette proximité entre journalistes et politiques qui alimentent la défiance croissante à l'égard des médias ?

Le "mediabashing" existe depuis l'apparition de la presse, les journalistes sont attaqués, notamment par le pouvoir politique, mais pendant cette dernière campagne présidentielle, nous avons battu tous les records.

La critique des médias est légitime. C'est un ressort de la démocratie. Mais la critique devient tellement systématique que cela devient un ressort du populisme. Les populismes de gauche et de droite se caractérisent par le "tous pourris" et l'idée que les médias et le pouvoir sont ensemble. Il faut souligner la rigueur et l'impartialité de beaucoup de journalistes.

Le moyen de régler cet entre-soi, c'est en changeant les pratiques, la culture et la formation. Sciences Po a très bien fait en s'ouvrant aux zones d'éducation prioritaire et en ouvrant des campus en province. Il faut sortir de ce milieu parisien. Les autres grandes écoles doivent poursuivre dans cette voie et j'espère que nous n'aurons plus cette endogamie mais de l'ouverture vers une mixité sociale, ethnique.

Ecrit par : J. Bayard

 

La séparation des pouvoirs en France

 

La séparation des pouvoirs en France vise à répartir les différentes prérogatives de l’État entre plusieurs organes indépendants. On distingue trois fonctions principales : le pouvoir législatif (faire les lois), le pouvoir exécutif (appliquer les lois) et le pouvoir judiciaire (interpréter et appliquer les lois).

En droit constitutionnel, la théorie de la séparation des pouvoirs est fondamentale (tout comme celle de la hiérarchie des normes). C’est d’ailleurs fréquemment un sujet de dissertation en droit constitutionnel.

Grâce à cet article, vous allez sa voir ce qu’est la théorie de la séparation des pouvoirs, quelle sa place dans notre système juridique et en quoi elle est aujourd’hui remise en cause.

La théorie de la séparation des pouvoirs

Les auteurs à l’origine de la séparation des pouvoirs

La théorie de la séparation des pouvoirs a été élaborée principalement à partir des écrits de 2 auteurs :

  • de l’anglais John Locke dans son ouvrage « Essai sur le Gouvernement civil » (1690)
  • et du français Montesquieu dans son ouvrage « De l’esprit des lois » (1748)

Conseil : dans une dissertation sur la séparation des pouvoirs, vous devez mentionner ces éléments dans l’introduction. C’est incontournable !

Les 3 pouvoirs

Selon cette théorie de la séparation des pouvoirs, au sein d’un Etat, il y a 3 pouvoirs en France :

  • Tout d’abord, le pouvoir législatif (le pouvoir de faire la loi, le pouvoir de « légiférer ») : c’est le pouvoir d’adopter des règles de portée générale qui s’appliquent à tous.
  • Ensuite, le pouvoir exécutif (le pouvoir d’appliquer la loi) : Concrètement, c’est le pouvoir d’appliquer le droit au moyen de décrets, arrêtés (appliquer les lois votées par le pouvoir législatif)
  • Enfin, le pouvoir judiciaire (le pouvoir de trancher les litiges).

Selon cette théorie, une seule et même personne ne peut pas détenir tous ces pouvoirs. Chacun de ces pouvoirs doit être attribué à des organes différents et indépendants.  

Cette théorie cherche à éviter la tyrannie et à combattre les abus de pouvoir. En effet, tout homme qui a du pouvoir est tenté d’en abuser. 

C’est ce qu’il s’est notamment produit au cours des épisodes de monarchie absolue, où un roi avait tous les pouvoirs.

Montesquieu : “Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.”

La répartition des pouvoirs

C’est pourquoi il fallait lutter contre cette vision des choses. Ainsi, selon la théorie de la séparation des pouvoirs, des organes différents doivent être à la tête de ces pouvoirs.

  • Tout d’abord, le pouvoir législatif (le pouvoir de faire la loi) doit être attribué à des assemblées représentatives (Parlement)
  • Ensuite, le pouvoir exécutif (le pouvoir d’exécuter les règles générales) doit être confié au chef d’Etat, au chef du gouvernement voire aux ministres (= les membres du Gouvernement)
  • Enfin, le pouvoir judiciaire doit être donné aux juges.  

Selon la théorie classique, ces différents organes doivent être indépendants les uns des autres. Aucun pouvoir ne doit pouvoir empiéter sur l’autre. 

Cette théorie est si importante qu’elle est envisagée à l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (qui, rappelons-le, a valeur constitutionnelle).

Article 16 de la DDHC : « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. »

La remise en cause de la théorie classique

La théorie de la séparation des pouvoirs a cependant été fortement remise en cause.  

Conseil : dans une dissertation sur la séparation des pouvoirs, la question de la remise en cause de cette théorie devra certainement être abordée. Vous pourrez ainsi montrer que c’est un mécanisme qui a évolué au fil du temps.

En premier lieu, on s’est rendu compte que, dans chaque régime politique, chaque organe n’avait pas une fonction si bien définie.  

Dans l’esprit de la théorie classique, le pouvoir exécutif ne doit que prendre des mesures d’exécution de la loi ; il ne peut pas prendre des règles de portée générale. 

Or, en France, par exemple, le Gouvernement (qui représente le pouvoir exécutif) fait plus qu’appliquer la loi.

Le Premier Ministre détient en effet un pouvoir réglementaire qui lui permet de prendre des décisions de portée générale, comme les décrets d’application générale (les décrets autonomes). Ce sont les règlements adoptés sur le fondement de l‘article 37 de la Constitution. 

Article 37 de la Constitution : “Les matières autres que celles qui sont du domaine de la loi ont un caractère réglementaire

De plus, il peut en outre se voir déléguer le pouvoir législatif, comme le démontre la pratique des ordonnances sous la Ve République. 

A noter : en France, le pouvoir exécutif peut aussi déposer des projets de loi qui seront par la suite étudiés par le Parlement.

En outre, la théorie de la séparation des pouvoirs a fortement inspiré ceux qui ont rédigé la Constitution américaine en 1787. 

En effet, la Constitution américaine de 1787 a prévu un régime présidentiel avec une séparation assez stricte des pouvoirs.

Mais cette séparation stricte des pouvoirs est tempérée par des moyens de contrôle et d’action réciproques entre les pouvoirs. C’est la théorie des des checks and balances (freins et contrepoids). 

Par exemple, aux Etats-Unis, le président peut opposer son droit de veto aux lois adoptées par le Congrès. Le président peut ainsi empêcher l’action du pouvoir législatif. 

A l’inverse, le Sénat américain peut bloquer le pouvoir de nomination de certains hauts fonctionnaires qui appartient à l’exécutif.

Une collaboration des pouvoirs ?

La théorie classique a rarement été appliqué à la lettre au cours des différents régimes démocratiques.

Une séparation trop stricte des pouvoirs a pu par exemple aboutir à la paralysie des Institutions sous le Directoire (1795-1799). A l’époque, le conflit entre le législatif et l’exécutif s’était terminé par un coup d’Etat, en 1799, par Napoléon Ier. 

C’est pourquoi aujourd’hui, on préfère parler de principe de collaboration des pouvoirs. Certes, à la base, il y a toujours cette distinction entre législatif, exécutif et judiciaire.

Ecrit par : J. Bayard

 

Les compétences que doivent rechercher les journalistes en 2024

 

 

Beaucoup de gens veulent devenir journalistes sans vraiment connaître le métier, ni quels sont les vrais besoins et charges de la profession et encore moins, les nouveautés qu’il a pu intégrer. Pourtant, dans le journalisme, tout a changé ces dernières années. Les normes ont évolué. La confiance du public envers les médias s’est étiolée.

On fait de moins en moins confiance à la parole des journalistes. On s’informe de moins en moins avec eux. On note une baisse tendancielle du lectorat. Les médias travaillent dans un contexte de surinformation et d’infobésité, ce qui fait que le journaliste devient une voix parmi tant d’autres. Les faits deviennent des opinions, ou sont confondus avec elles.

Ainsi, à quoi faut-il s’attendre pour la profession en cette année ? De quels types de journalistes aura-t-on besoin ? A quels changements, transformations ou mutations doit-on s’attendre ? Quelles seront les tendances à suivre ? Quelles sont les compétences que devront rechercher les journalistes en 2024 ?

Réunis au cours du 129e webinaire du Forum Pamela Howard de Reportage sur les Crises Mondiales du Centre international pour les journalistes (ICFJ), Eric Nahon, ex-directeur adjoint de l'Institut Pratique du Journalisme (IPJ) de l'université Dauphine et Xavier Eutrope, journaliste à La Revue des médias, ont livré leurs réflexions sur ces interrogations.

Se mettre constamment à jour

Eric Nahon a codirigé l’Institut pratique du journalisme de Dauphine pendant 15 ans et a été président de l'Association européenne de formation au journalisme (EJTA - European Journalism Training Association). Il estime que les journalistes ont besoin de :

  • Une technicité dans l'éthique,
  • Beaucoup de travail et de connaissances philosophiques,
  • Beaucoup d’interrogations, de penser contre soi-même, ce qui va pas mal à l'encontre de ces journalistes dits militants ou engagés,
  • Beaucoup plus de compétences scientifiques,
  • Des compétences scientifiques informatiques, à commencer par la compréhension de l’intelligence artificielle,
  • Être capable d’expliquer comment ils travaillent, d’expliquer leurs boîtes noires,
  • Protéger leurs sources mais d’expliquer comment il les trouve,
  • Expliquer d'où viennent les affirmations péremptoires qu’ils peuvent écrire, parce qu’on a besoin de faits contre les opinions, ou en tout cas pour éclairer les opinions ou les faire basculer, 
  • Être au service des gens, des lecteurs, des auditeurs, des internautes, de l’audience
  • Ne pas seulement écrire et filmer ce qu’ils aiment
  • Une résistance aux pressions que ce soit dans la culture ou dans la politique
  • Une spécialisation.

En plus de la spécialisation, les journalistes doivent être adaptables. Il va falloir changer de spécialisation très régulièrement, explique l’expert formateur qui encourage les journalistes à faire un effort pour se mettre à jour constamment.

Avoir des connaissances en humanités

Xavier Eutrope dit partager la même réflexion que celle de M. Nahon sur la formation tout au long de la vie. Toutefois, il souhaite nuancer la question des types de journalistes dont on a besoin. “Parce que tout dépend de quelle manière on se place, si on parle du type de journaliste qu’on attend pour avoir des médias qui optimisent leurs revenus, c'est-à-dire s’il faudrait avoir des journalistes qui soient de véritables couteaux suisses, capables de s’adapter à toutes les situations ?”

Il est important, selon lui, en 2024, que les journalistes puissent être capables de comprendre les enjeux qui leur sont posés, de comprendre et de s'informer sur les sujets qu’ils abordent notamment par exemple l’intelligence artificielle. “Aujourd’hui c’est une thématique qui est très complexe, et qui a, à mon sens, beaucoup d'atermoiements”.

Xavier Eutrope pense qu’on a aujourd’hui plus que besoin de journalistes qui soient capables de :

  • Bien contextualiser et bien vulgariser,
  • Mettre de côté leurs croyances et leurs opinions pour donner le maximum de point de vue, 
  • Ne pas oublier le contradictoire 
  • Bien faire son travail,
  • Prendre du recul sur soi-même, par rapport à la situation et aussi par rapport à tout ce qui concerne la désinformation et la communication,
  • Avoir de vraies connaissances en humanités, c'est-à-dire qu'il faut lire de la philosophie pour être capable de réfléchir contre soi-même.

Être transparent et ouvert

Xavier Eutrope se dit assez étonné et scandalisé par le manque de transparence de certains confrères et consoeurs qui refusent de parler de leur travail, qui refusent d’expliquer leur méthode, comment ils en sont arrivés à produire leurs travaux, avec quels outils, par quelle logique. “C’est une attitude qui me semble extrêmement catastrophique.” Il exhorte à être plus transparents et plus ouverts sur leurs méthodes et leur raisonnement.

L’avenir du journalisme avec l’IA

Sur le sort de l’intelligence artificielle, Eric Nahon estime que l’IA et notamment les IA génératives de type ChatGPT ou de génération d’images, peuvent être un atout pour le journalisme. Ils peuvent nous dispenser en tant que journaliste d’un travail un peu fastidieux, à condition, déclare-t-il, de bien comprendre l’outil. “Un outil qui peut être propice à l’arrivée d’un journalisme augmenté”.

Ecrit par : J. Bayard