Les journalistes de demain devront repenser le métier sous un angle déontologique pour produire un travail d’utilité publique voire sociale” - Interview

Souvent décrié, parfois encensé, le métier de journaliste attire pourtant toujours autant. Alors pour tous ceux qui se destinent à cette carrière et qui vont devoir choisir leur filière de formation, cette interview est pour vous ! Découvrez la vision du métier de journaliste, aujourd’hui et demain, de Yannick Pech, co-auteur d’un ouvrage sur les concours des écoles de journalisme.

Co-auteur de l’ouvrage “Concours d’entrée en école de journalisme” réalisé avec Cécile Varin, Yannick Pech est enseignant et consultant en géopolitique et intelligence stratégique. Il est aussi chargé de cours dans une huitaine d’écoles de commerce et de journalisme, doctorant en sciences de l’information et de la communication, et par ailleurs analyste-consultant auprès du ministère de la Défense.

Dans votre ouvrage, vous évoquez les écoles reconnues. Restent-elles le tapis rouge pour accéder à l’emploi selon vous ? Quels sont leurs atouts et leurs inconvénients ?

Les écoles de journalisme reconnues restent la voie royale car elles font l’objet d’une reconnaissance officielle par la profession, et secondairement, pour la plupart elles sont aussi reconnues par l’État. Cela constitue leur premier atout, celui-ci conditionnant en grande partie les autres : rapidité d’obtention de la carte de presse ; « entrées » facilitées pour intégrer les réseaux corporatifs les plus influents/« prestigieux » (presse nationale, médias de référence…) ; meilleure accessibilité aux stages offerts par les grands groupes de presse ; réputation ; moyens mais surtout qualité de la pédagogie. Elles raflent aussi le plus clair des prix décernés par la profession. Dans le même temps, ces mêmes avantages induisent souvent des inconvénients : auto-reproduction d’une élite, vision conformiste du métier, uniformité (voire formatage) des apprenants, possible conservatisme de l’enseignement, aspects commerciaux survalorisés et tropisme marketing… Les concours d’entrée y sont par ailleurs très sélectifs, ce qui est certes signe d’exigence et de qualité, mais aussi d’un certain élitisme, aujourd’hui plus contesté. Au-delà de la question du niveau scolaire exigé des candidats, ces écoles peuvent ne pas correspondre à leurs attentes, voire engendrer de la désillusion.

Vous parlez aussi des écoles de journalisme non reconnues. Pourquoi ne doivent-elles pas être écartées selon vous ? Quels sont leurs atouts et leurs faiblesses d’après vous ?

Ainsi, les écoles non reconnues par la profession, mais pour certaines visées tout de même par l’Etat, forment une alternative intéressante. D’une part, parce qu’elles peuvent davantage correspondre à des étudiants plus indépendants d’esprit, originaux voire marginaux. Ceux-ci seront justement plus susceptibles de s’épanouir dans ces structures moins orthodoxes, et parfois également moins exigeantes. En effet, elles proposent souvent une approche moins conformiste et peuvent ainsi susciter l’envie d’innover et d’entreprendre. D’autre part, les concours exigeants des écoles reconnues peuvent écarter des candidats certes moins « performants », mais dans le même temps moins « scolaires » ; de plus, un étudiant « moyen » peut très bien atteindre au cours ou au terme de sa formation un excellent niveau académique. Le caractère arbitraire d’un concours peut tout à fait entraver voire torpiller une – très forte – vocation. Les écoles non reconnues sont donc plus flexibles quant à leur sélectivité, favorisant une certaine mixité sociale et donnant leur chance à des profils moins standardisés.
Les inconvénients qu’on prête généralement à ces écoles sont connus : réseaux professionnels moins denses et/ou plus locaux ; réputation moindre ou manque de visibilité, voire quasi confidentialité dans le paysage éducatif ; manque de moyens et/ou qualité inférieure de l’enseignement. Ce dernier point est toutefois assez peu fondé : en effet, les équipes pédagogiques peuvent présenter des qualités académiques et professionnelles analogues et il n’est, d’ailleurs, pas rare de retrouver les mêmes intervenants dans les écoles reconnues et celles qui ne le sont pas. En outre, leurs tarifs parfois supérieurs à ceux des écoles reconnues sont souvent gages d’un effort porté sur les équipements matériels (studios, parc informatique, appareils vidéo/photo…). En tout état de cause, qu’il s’agisse de la qualité des enseignements ou du prix des formations, c’est très disparate. Certains étudiants – dont c’était initialement l’objectif ou du fait de circonstances particulières dans le parcours – ont pu d’ailleurs atteindre des postes – dits – prestigieux en sortant d’une école spécialisée mais non reconnue. Il revient donc aux candidats de choisir leur école en connaissance de cause. Ce livre-manuel est à cet égard des plus utile, et par ailleurs le seul à ce jour à évoquer le cas de ces écoles moins reconnues.

Si vous ne deviez donner qu’un seul conseil pour réussir les différents concours, quel serait-il ?

Un concours, quel qu’il soit, repose sur plusieurs facteurs difficiles à maîtriser. Il y a un facteur chance, et évidemment un facteur travail et un autre reposant sur les qualités individuelles. Le conseil le plus important que je pourrais donner serait, d’une part, de bien choisir son école en fonction avant tout de ses attentes et de sa personnalité ; d’autre part, d’être curieux, rigoureux et méthodique dans sa préparation.

Le métier est en profonde mutation : quelles sont ces mutations actuelles et futures selon vous ? Quelles compétences ou savoir-faire les futurs diplômés devront posséder pour espérer faire carrière dans le journalisme ?

La mutation la plus évidente est le tournant numérique qu’opère la profession et qui nécessite une adaptation et de nouvelles compétences. Le métier connaît une certaine hybridation avec des métiers connexes, tels que ceux de la communication.
Les compétences métier deviennent de plus en plus transversales car elles sont unifiées et uniformisées par les technologies de l’information et de la communication. Le web journalisme, la data visualisation, les techniques d’investigation numérique, etc. deviennent incontournables, et les journalistes doivent donc maîtriser ces nouveaux outils et être dans le même temps polyvalents et spécialistes. Par ailleurs, comme pour bien d’autres métiers, « l’ubérisation » pose un sérieux défi : décentralisation de l’information ; rapport au « journalisme-citoyen » et concurrence informationnelle plus générale, dont la « réinformation » ; robotisation symbolique ou bien concrète du métier et des personnels de la presse.
Face à ces enjeux liés aux compétences professionnelles et à l’adaptabilité, les journalistes de demain – et avec eux les écoles qui les forment – devront sans doute repenser le métier notamment sous un angle déontologique. Ceci afin de redorer le blason de la profession auprès d’une société qui lui accorde moins de crédit et de confiance qu’auparavant. Et d’innover dans la manière d’informer et produire un travail indépendant, rigoureux et d’utilité publique voire sociale. Pour conclure, les aptitudes relationnelles, un bon bagage culturel, un esprit curieux et ouvert constituent et constitueront encore à l’avenir le socle des compétences requises. C’est ainsi que les journalistes de demain devront comprendre leur environnement, inventer, entreprendre, maîtriser les outils numériques en perpétuelle évolution, et même s’initier au code informatique.

 Ecrit par : J. Bayard 

 

Les outils et technologies qui facilitent le travail des journalistes en 2024

 

Les avancées technologiques ont considérablement transformé l'univers du journalisme. Les professionnels de l’information peuvent désormais compter sur des outils innovants et performants pour gagner considérablement en efficacité et s’adapter aux mutations de leur profession. Zoom sur l’arsenal du journaliste moderne.

Près de la moitié des rédactions à travers le monde utilisent déjà des outils d’intelligence artificielle. C’est ce que révèle une étude de l’Organisation mondiale de la presse, la World association of news publishers (WAN-IFRA) publiée en mai 2023 en collaboration avec Schickler Consulting.

S’il y a quelques décennies seulement, les journalistes se contentaient de travailler avec un carnet, un stylo et un téléphone, ils s’appuient donc désormais sur des technologies de pointe. Mais quels sont leurs outils fétiches, dans cette nouvelle ère de l’information ? Et quelle est la « stack technique » idéale pour un journaliste en 2024 ? Voici notre sélection.

Des outils de veille et de recherche d’informations de plus en plus puissants

 D’après le rapport sur l’état des médias 2023 de Cision, 96 % des journalistes utilisent les réseaux sociaux dans le cadre de leur travail, que ce soit pour faire de la veille, pour se connecter avec des experts ou encore pour repérer des « trending topics ». Mais pour tirer efficacement parti de X, Instagram ou encore Facebook, les journalistes sont nombreux à utiliser des outils tiers, qui leur permettent de suivre des mots clés spécifiques ou d’analyser des tendances.

On peut par exemple citer l’extension CrowdTangle, dédiée au « social listening », ou bien l’outil Tweetdeck, récemment rebaptisé XPro, qui propose un tableau de bord pour suivre des comptes, des hashtags ou encore des mots clés spécifiques sur X. Longtemps gratuit, il est récemment devenu payant suite aux dernières évolutions de la plateforme X.

Au-delà des réseaux sociaux, les professionnels de l’information sont également nombreux à utiliser les outils de veille Google (Google Alerts, Google Trends), et à avoir recours à des salles de presse digitales. Avec MediaConnect, par exemple, ils peuvent accéder à tous les communiqués de presse partagés sur la plateforme, en les filtrant selon les thématiques qui les intéressent et en paramétrant des alertes personnalisées. De quoi faire une veille efficace, tout en luttant contre l’infobésité. 

Des outils de production de contenu multimédia toujours plus accessibles

Selon Cision, 45 % des journalistes affirment cette année avoir intégré à leurs articles des infographies, 43 % des vidéos, 28 % des posts médias sociaux et 13 % de l'audio. Et pour cause, il existe aujourd’hui une multitude d’outils permettant de les créer, sans avoir besoin de compétences graphiques très poussées.

Canva permet par exemple de créer des visuels en quelques clics, tandis que Dalet Flex offre des fonctionnalités simplifiées de montage et d’édition de vidéos, et Datawrapper démocratise la visualisation de données. Les outils pour enregistrer, monter, éditer et diffuser des podcasts se sont également multipliés : Zencastr, Audacity ou Ausha en font notamment partie.

Des plateformes de publication et de diffusion adaptées aux besoins des journalistes

Le CMS (Content management system) est bien souvent l’outil central de tout média d’information en ligne. Il s’agit en effet de la plateforme qui permet d'organiser, de publier et de diffuser le contenu de manière structurée, et, dans certains cas, de le monétiser.

Le magazine britannique Press Gazette, s'est récemment associé à l'outil d'analyse de sites web BuiltWith, pour analyser plus de 2 000 des principaux sites d'actualités du monde et répertorier les CMS les plus utilisés. Selon cette étude, 44 % des médias en ligne utilisent la solution open source Wordpress, parmi lesquels The Economist, Al Jazeera, ou The New York Times. En deuxième et troisième position, on retrouve Drupal et Hubspot CMS Hub.

Les journalistes sont également de plus en plus nombreux à se tourner vers des outils de diffusion dédiés aux réseaux sociaux comme Hootsuite ou Buffer, qui leur permettent de planifier leurs posts et d’automatiser certains aspects de la diffusion de leur contenu.
 
Dans ce contexte, les professionnels de l’information consacrent de plus en plus de temps et d’énergie à vérifier leurs sources. Heureusement, des outils émergent peu à peu pour les assister dans cette tâche :

  • Botometer permet par exemple de vérifier l’authenticité d’un compte X.
  • L’outil YouTube Dataviewer d’Amnesty International aide à extraire les métadonnées de contenus diffusés sur la plateforme YouTube.
  • InVID aide à évaluer la véracité de vidéos.
  • TinEye est un moteur de recherche d’images inversé.
     

Le géant Google propose par ailleurs lui-même un outil dédié à la vérification des informations : Fact Check Explorer. Les ressources à disposition des journalistes se multiplient donc, même s’il faut souligner qu’elles sont rarement fiables à 100 %.

Une nouvelle génération d’outils de rédaction et d’édition, basés sur l’IA

Comme nous l’évoquions en introduction de cet article : l’intelligence artificielle fait actuellement une entrée fracassante dans le monde de l’information, et en particulier le robot conversationnel ChatGPT. Les journalistes sont déjà nombreux à l’utiliser pour condenser des informations, corriger des textes ou encore trouver des idées de sujets.

En juillet dernier, Google a par ailleurs annoncé le lancement prochain de « Genesis », un outil d’intelligence artificielle visant à aider les journalistes à écrire des articles de presse. Il vise à proposer tout un ensemble de fonctionnalités dédiées aux journalistes en matière d'agrégation de l’information, de synthèse et d’aide à l’écriture.

Cette annonce a évidemment suscité de vives réactions et inquiétudes de la part de la profession, mais le New York Times, le Washington Post ou encore le Wall Street Journal font partie des grands médias qui souhaitent explorer les possibilités qu'offre le futur outil. Les technologies qui facilitent et transforment le travail des journalistes n’ont donc pas fini d’évoluer !

 Ecrit par : J. Bayard 

 

 

 

2024 sera difficile pour les médias d’information

Début décembre, 30 journalistes, universitaires, patrons de médias et leaders philanthropiques de nombreux pays se sont réunis à Ditchley Park, un vieux manoir anglais situé à 100 kilomètres au nord-ouest de Londres. Ils étaient là à l’invitation de la Fondation Ditchley pour discuter des défis auxquels est confronté le « quatrième pouvoir ».

L’année 2024 sera, de l’avis des participants, une année cruciale pour la démocratie. Plus de 70 pays doivent tenir des élections nationales, dont les États-Unis, l’Inde et le Mexique. Dans certains de ces pays, des candidats extrémistes sont en position de force pour l’emporter. « L’une des plus grandes démocraties du monde pourrait devenir une dictature », a fait remarquer l’un d’entre eux, citant la dernière boutade de Donald Trump. Compte tenu des dangers qu’un triomphe de Trump pourrait entraîner pour la démocratie, comment les médias devraient-ils couvrir l’élection présidentielle de 2024 ?

Certains participants estiment qu’il est du devoir de la presse de lutter pour la démocratie : « La première cible des dictateurs est la presse libre. Il faut créer un mouvement en faveur de la démocratie. » D’autres, dont je faisais partie, ont plaidé pour que les journalistes s’en tiennent à une couverture rigoureuse et objective de l’actualité.

« Nous devons nous demander comment nous rendre plus dignes de confiance. Est-ce que le fait de se joindre au cri de guerre pour la démocratie renforce la confiance ? », a demandé la responsable d’une organisation à but non lucratif. Sa réponse était « non ».

Le rôle des médias sera particulièrement important dans la détection de la désinformation, une tâche qui devient de plus en plus difficile. En effet, grâce à l’intelligence artificielle (IA), les faux enregistrements et les fausses vidéos deviennent si sophistiqués qu’il est impossible de les distinguer des authentiques. Il se peut que la supercherie ne puisse être révélée qu’avec l’aide de… l’IA. Le cas récent d’un enregistrement, diffusé sur les médias sociaux deux jours seulement avant les élections nationales en Slovaquie, était présent dans l’esprit de nombreux participants. Sur l’enregistrement, on entend un homme politique de premier plan et une journaliste discuter de la manière de truquer les élections. On a appris par la suite que l’enregistrement avait été manipulé à l’aide de l’IA.

De manière plus générale, l’impact de l’IA sur les salles de rédaction a été abordé. Il s’avère que de nombreux organes de presse utilisent déjà l’IA pour des tâches de base telles que la vérification des faits et des sources, la traduction et la transcription. Les articles dont le format est fixe et répétitif, tels que les résultats sportifs et les données financières des entreprises, peuvent être rédigés par des applications d’IA. Cela signifie-t-il que les journalistes sont une espèce menacée ? La plupart des participants pensent que non, que l’IA pourrait être un outil puissant et utile entre les mains des journalistes, pour l’analyse des données utilisées dans le journalisme d’investigation, par exemple. « Nous devons embrasser la technologie, l’appliquer pour faire fonctionner notre métier », a déclaré un participant.

Un risque plus important pour les salles de rédaction vient du fait que les citoyens des démocraties se méfient plus que jamais des médias d’information. Selon un sondage international de l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme, moins de la moitié (48 %) des personnes interrogées se disent très intéressées par les nouvelles, soit une baisse de 15 points de pourcentage par rapport aux 63 % de 2017. Non seulement moins de personnes consultent les nouvelles dans les médias traditionnels, mais aussi elles s’intéressent à d’autres sortes d’information. Le défi consiste donc à « prouver notre pertinence ».

Reste le problème du modèle économique des médias, gravement perturbé par des plateformes comme Facebook, Google, TikTok, etc. qui se taillent désormais la part du lion dans les recettes publicitaires. Comment les médias traditionnels peuvent-ils survivre sans ces revenus ?

Je retiens de la conférence qu’il n’y a pas un seul nouveau modèle d’entreprise qui sauvera le journalisme, mais plusieurs modèles, en fonction de la nature de chaque média et de son marché. L’un des invités de Ditchley a expliqué comment il avait lancé une société de médias proposant aux citoyens d’une grande ville des informations locales approfondies. Le média en ligne a rapidement attiré un grand nombre d’adeptes, tout en maintenant les dépenses à un niveau peu élevé. « Nous devons aborder les sujets qui intéressent les gens, a-t-il déclaré. Il y a peu de concurrence dans le domaine de l’information locale, de sorte que l’on peut obtenir un retour sur investissement significatif avec un investissement modeste. »

Dans de nombreux pays, les médias comptent sur les organisations philanthropiques pour combler une partie du manque à gagner. En effet, les grandes fondations s’impliquent de plus en plus dans le soutien aux organismes de presse. « Mais la philanthropie ne peut pas être la seule solution », a averti le dirigeant d’une de ces fondations. L’approche canadienne, selon laquelle les gouvernements fédéral et provinciaux subventionnent les médias, semble avoir suscité peu d’intérêt.

2024 sera une année difficile pour la démocratie et la presse libre. Dans de nombreux pays, les journalistes sont attaqués. Selon un bilan publié par Reporters sans frontières à la mi-décembre, 45 journalistes avaient été tués jusque-là en 2023 et 521, détenus. Un nombre bien plus important est victime de campagnes d’intimidation de la part de politiciens sans scrupules. Comment les médias doivent-ils réagir ? L’un des participants à l’évènement de Ditchley a déclaré : « Nous devons résister aux menaces et aux pressions exercées sur nous en faisant notre travail, pas en ripostant. » Des journalistes qui font leur travail, cela semble assez simple. Pourtant, tout le monde s’accorde à dire qu’il sera loin d’être simple de rendre compte de l’actualité au cours de l’année qui commence.

Ecrit par : J. Bayard 

 

«IL FAUT OSER CASSER LES BARRIÈRES ET POUSSER LES PORTES» : LES AGRICULTRICES LUTTENT POUR L'ÉGALITÉ DES GENRES DANS LE MONDE AGRICOLE

Longtemps mises à l'écart, et pourtant indispensables au renouvellement d’une profession en proie à une crise démographique inédite, les agricultrices demeurent confrontées aux inégalités de genre, malgré des avancées statutaires qu’elles ont su arracher au fil des années. À l’occasion du 60e Salon de l’Agriculture, CNEWS est allé à la rencontre de trois d’entre elles, aux parcours différents mais aux problématiques similaires.

 Elles s’appellent Valène Écorce, Delphine Chamard et Lise Trigosse. Les deux premières sont éleveuses, et représentantes du collectif «Les Bottées», une coopérative composée d’une vingtaine d’agricultrices, issues de Vendée et de Charente-Maritime, tandis que la troisième est étudiante, en lycée agricole, et en passe de reprendre l’exploitation familiale, une ferme de 80 bêtes sur le plateau de l’Aubrac, en Lozère. Toutes les trois ont un objectif commun : rendre visibles les femmes dans ce milieu majoritairement masculin et prouver qu'une femme a autant sa place qu'un homme sur une exploitation. 

«L’idée c’est de montrer que les femmes peuvent être agricultrices, et diriger une exploitation. Aujourd’hui elles sont formées, comme les hommes, et elles doivent prendre confiance en elles pour ne plus hésiter à s’installer, à se former si ce n’est pas le cas, et à communiquer, où à s’engager dans des coopératives», avance Delphine Chamard, 34 ans, installée depuis 2019 et responsable d’une exploitation de 35 vaches de race Limousine, ainsi que d’un élevage de poules pondeuses reproductrices, le seul de sa région (Charente Maritime).

«C'est aussi ça le but du collectif "Les Bottées", on aime rappeler que nous sommes un groupe de "Positives Agricultrices" de la coopérative agricole Cavac, animées par la volonté de promouvoir la féminisation en agriculture. Nous sommes des femmes avec des parcours très variés, mais ce que nous voulons c'est sensibiliser notre écosystème à l’enjeu de la féminisation. Nous sommes convaincues que la féminisation profite tant aux hommes qu’aux femmes», ajoute Delphine Chamard.

«Il faut oser. Il ne faut plus se poser de questions. C’est vrai que parfois, dans nos exploitations, on entend encore des commerciaux nous demander "Il est où le patron ?" car certains ont du mal à imaginer qu’une femme puisse être cheffe d’une exploitation. Mais on voit quand même que ça s’améliore d’année en année, ça progresse, y compris dans les lieux de formation, où l’on voit de plus en plus de jeunes filles», abonde Valène Écorce, cunicultrice en Vendée. 

45% DE FILLES DANS L'ENSEIGNEMENT AGRICOLE 

En effet, il existe une véritable évolution positive de la place des filles dans l’enseignement agricole. Ce dernier, qui regroupe l’enseignement technique agricole (jusqu’au bac ou BTSA) et l’enseignement supérieur agronomique, vétérinaire et de paysage, compte 154.000 élèves et 43.000 apprentis. Parmi eux, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture, 55% sont des garçons et 45% sont des filles. 

Par ailleurs, en 1975, 20% des étudiants de l’enseignement supérieur agricole long (études agronomiques, vétérinaires et de paysage) étaient des femmes. En 2020, elles représentaient 62% des effectifs. Concernant l’enseignement technique : à la rentrée 2020, les filles représentaient 48,6% des effectifs des élèves, des apprentis et des étudiants de l’enseignement supérieur agricole court (BTSA).

Un véritable développement de l’intérêt des jeunes filles pour le monde agricole confirmé par Lise Trigosse, bientôt 18 ans et étudiante en classe de première en Bac Pro CGEA (Conduite et gestion d’une entreprise agricole). «Nous sommes huit filles sur treize dans ma classe, et de mon côté, même si j’avais d’abord envisagé une autre formation, je me suis rapidement tourné vers le monde agricole, notamment pour avoir la possibilité de travailler en famille et de reprendre l’exploitation familiale», a-t-elle affirmé. 

Pour la jeune femme, comme pour beaucoup d'étudiants, c’est pendant la période du Covid-19 que sa réflexion a évolué. «Pendant cette longue pause, j’ai eu le temps de bien réfléchir et j’ai choisi de reprendre l’exploitation. Je passais beaucoup de temps à aider mes parents, cela m’a plu et j’ai décidé de continuer sur cette voie», détaille l’étudiante. Mais si Lise Trigosse peut aisément faire le choix de se tourner vers le monde agricole, c’est aussi parce que le statut des femmes dans le milieu a beaucoup évolué. 

UN CHEF D'EXPLOITATION SUR QUATRE EST UNE FEMME

Si les femmes ont depuis toujours joué un rôle crucial dans la vie des exploitations, celui-ci n’a pas toujours été reconnu comme tel. Jusqu'au début des années 1960, le rôle de la femme dans l'agriculture n'était pas considéré. Le terme d'agricultrice n'existait pas. Il n'est rentré dans le dictionnaire français qu'en 1961. Aujourd’hui, elles restent minoritaires en tant qu’agricultrices à part entière et leur proportion stagne depuis quelques années même si leur place dans le monde agricole a nettement évolué. Désormais, elles sont devenues des «actrices» incontournables du paysage agricole, tant parmi les chefs d’exploitations, que parmi les salariés.

Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon le ministère de l'Agriculture, en 2023, près d'un chef d’exploitation sur quatre est une femme. Un chiffre qui reste stable ces dernières années (27% en 2016, 25% en 2012) mais qui a considérablement progressé en 50 ans (8% en 1970). Par ailleurs, en 2019, 12,9% de l’ensemble des conjointes (mariées, pacsées ou en concubinage) d’exploitants ou d’entrepreneurs agricoles étaient affiliées en qualité de «conjointes actives» sur l’exploitation ou dans l’entreprise. Un chiffre divisé par deux en dix ans. Les femmes privilégient aujourd'hui le statut de co-exploitant pour travailler sur l'exploitation.

DES INÉGALITÉS DE GENRE

Malgré ces évolutions, les agricultrices sont toujours confrontées aux inégalités de genre, et de nombreux progrès restent à faire dans le domaine. Comme dans beaucoup d’autres secteurs, les femmes salariées ont des conditions d’emploi plus précaires, avec notamment un important recours au contrat à durée déterminée (CDD). Ainsi, 81,9% des salariées du secteur détenaient un CDD en 2019. Par ailleurs, toujours en 2019, 132.200 femmes d’exploitants étaient considérées «sans statut», c’est-à-dire qu’elles n'étaient ni cheffes, ni collaboratrices d’exploitation. Leur participation à la gestion des exploitations n’était donc pas directement mesurable, mais bien réelle.

Parmi les autres difficultés rencontrées, celle de l’héritage demeure encore en tête de liste. En effet, traditionnellement, lorsqu’il y a un frère dans la fratrie d'une famille de paysans, il apparaît encore comme naturel qu’il soit l’attributaire de l’exploitation. De fait, les femmes issues du monde agricole se retrouvent donc souvent lésées, avec moins de biens fonciers, et avec comme corollaire fréquent le fait que beaucoup d’entre elles épousent un agriculteur.

 Ecrit par : J. Bayard 

 

La tradition des vœux du Conseil de l'ordre des Journalistes France

C'est vers le milieu du XIXe siècle que la tradition des vœux est apparue en Angleterre, notamment grâce au développement du courrier postal et de la lithographie, avant de se développer peu à peu dans le reste du monde, surtout en Amérique du Nord ou au Japon.

Même si l'envoi d'une carte de vœux se fait toujours, nous utilisons tous désormais les SMS, les emails et les messages sur les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou Instagram pour souhaiter de bonnes fêtes de fin d'année à ses proches.

Présenter ses vœux pour les fêtes est une coutume qui perdure encore aujourd'hui dans la plupart des cultures, mais ce n'est pas facile de se renouveler d'année en année. On a même l'impression d'entendre toujours la même chose : « Bonne année, Bonne santé, parce que c'est important la santé !».

  • "Que l'année 2024 apporte le succès et la prospérité.
  • "Que la nouvelle année soit pleine de projets passionnants, de partenariats fructueux et de réalisations exceptionnelles pour notre entreprise.
  • "Que les défis à venir soient autant de chances pour démontrer notre esprit d'équipe.
  • "Que la collaboration fructueuse que nous avons partagée cette année se renforce davantage en 2024.
  • "Que cette nouvelle année soit aussi bien organisée que les post-it sur mon bureau.
  • "Que 2024 soit l'année où les réunions sont courtes, les cafés sont forts, et les projets sont menés à bien.
  • "Que vos idées soient toujours brillantes, vos cafés toujours chauds, et vos trajets domicile-travail aussi rapides que les mises à jour automatiques de votre logiciel préféré.
  • "Que cette année 2024 soit aussi réussie que le travail du correcteur orthographique de Google.
  • "Que la nouvelle année soit remplie de promotions, de projets passionnants et de pauses déjeuner sans discussions sur le travail.
  • "En cette fin d'année, je souhaite à chacun de nous des succès aussi nombreux que les e-mails dans notre boîte de réception. Bonne année à mes collègues qui gèrent tout avec style et humour !

Souhaiter une bonne année à votre entourage est un beau moment de partage. À une belle fin d'année étincelante et à une année 2024 pleine de promesses ! 

Je souhaite à tous vos adhérents une très bonne et heureuse année 2024.

Quelle vous apporte la joie à vous, vos familles et la réussite professionnelle.

En effet, nous exerçons un métier passionnant et ce, dans des conditions souvent très difficiles.

Le journalisme est un métier qui exige beaucoup de courage et d’investissement personnel.

Je voudrais profiter de ce moment pour saluer une fois de plus notre persévérance et notre volonté inébranlable d’informer le public en respectant totalement, notre charte nationale unique.

Je souhaite que vous puissiez éprouver en 2024 du Bien-être et du plaisir dans vos actions quotidiennes qui contribueront à la réussite du projet collectif qu’ensemble nous mettrons en œuvre  pour les Médias.

Bonne année à vous.

Ecrit par : J. Bayard