Vœux 2016 du conseil de l’ordre des journalistes France

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"Chères toutes et chers tous,

Au moment de vous adresser mes vœux, je tiens à vous exprimer ma fierté et ma reconnaissance pour le travail que vous avez accompli tout au long de l’année au sein de Conseil de l’Ordre des Journalistes. Quatre mots me viennent à l'esprit pour qualifier notre action commune en 2016 : ambition, différence, modernité et confiance.

À travers nos grands rendez-vous d'information, de sport, de fiction, mais aussi nos documentaires et magazines, sans oublier nos divertissements, la liste est longue des programmes qui illustrent, notre ambition de proposer aux téléspectateurs une offre exigeante et de qualité. Souvent, nos concitoyens ont trouvé le moyen de partager ensemble des instants d'émotion; et dans bien d'autres cas, nos propositions leur ont permis de s’enrichir et de mieux décrypter notre société.

Nos informations ont apporté une diversité et une richesse. Résolument, semaine après semaine, du matin au soir, en métropole et dans les outremers, nos proposent  une véritable différence éditoriale, dont l’expression est certainement perfectible et devra s’adapter aux mutations que la technologie impose en permanence, mais qui n’en est pas moins réelle, objective et appréciée de nos téléspectateurs.

Tout en nous engageant déjà dans un important plan d'économie pour nous adapter, comme nos concurrents, à la baisse de nos ressources et préserver nos équilibres, nous nous sommes engagés dans la modernité. Le succès de notre développement numérique est reconnu. La rencontre avec les nouvelles pratiques audiovisuelles des Français est avérée. Le rayonnement de nos contenus s’amplifie et nous permet de préparer notre avenir dans un univers numérique moins régulé, sur des réseaux toujours plus ouverts et concurrentiels.

Telle est la réalité des résultats obtenus grâce aux combats que toute l'entreprise a menés depuis plus de deux ans, mais particulièrement en 2016, et qui portent leurs fruits. Dans un contexte de concurrence inédite, de dilution de notre poids dans l'audiovisuel, de règne du tout-divertissement, de démultiplication des écrans et d'individualisation des pratiques, nos concitoyens nous ont renouvelé leur confiance en 2016 et nous ont offert un bilan que nous n’avions pas connu depuis une décennie.

À mon tour de vous renouveler ma confiance et de vous dire à quel point je crois aux succès des projets que nous mènerons en 2016 :

- pour renforcer notre utilité dans la société française,

- pour accentuer encore nos singularités éditoriales et améliorer notre offre en innovant davantage,

- pour amplifier notre développement numérique,

- pour gérer toujours plus rigoureusement nos ressources et devenir plus performants,

- pour poursuivre notre politique en faveur de la diversité et de l’égalité des chances afin de renforcer la cohésion sociale au sein de l’entreprise.

 

Vous connaissez mon attachement à votre épanouissement personnel au sein du collectif que nous formons ensemble. Dans le contexte actuel, alors que nous partageons à tous égards les inquiétudes et les difficultés de nos concitoyens, j’adresse à chacune et chacun d’entre vous ainsi qu'à ceux qui vous sont chers mes vœux les plus sincères de bonheur et de bonne santé pour cette nouvelle année 2016.

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Le journaliste de demain sera-t-il un robot ?

Notre futur sera robotique, c’est une certitude. Une grande partie des emplois, près de la moitié selon cette étude, sera à la portée des robots d’ici 2030. Tous les domaines seront concernés et bien sûr celui du journalisme n’y échappera pas. Des rédactions commencent à s’équiper…

 

Evidemment, il ne faut pas s’imaginer que dans vingt ans, nous vivrons dans un monde déshumanisé, entourés d’humanoïdes exécutant machinalement des travaux pénibles à notre place, mais bien un mix entre des bras industriels, des robots, des robots domestiques et beaucoup de lignes de code. Ce monde sera principalement fait d’algorithmes informatiques et d’interfaces interactives.

Et le métier de journaliste dans tout cela ? Certains éditeurs de presse commencent à s’entourer de développeurs compétents afin de trouver des solutions pour la rédaction automatique d’articles. Comment ? En construisant des algorithmes informatiques capables d’extraire les données pertinentes, en faire une synthèse et les réagencer dans un article intelligible.

L’objectif pour les équipes de rédaction est clair : plutôt que de consacrer des ressources à la rédaction d’articles avec peu de fond, telles que l’annonce de résultats sportifs du week-end ou l’évolution du cours de la bourse, on y met des robots et on libère ainsi du temps aux journalistes, pour des travaux demandant plus d’analyse ou d’investigation. Mais qui utilisent ces robots ?

Des noms ! On veut des noms !

Peu d’éditeurs souhaitent avouer qu’ils font déjà appel à ce genre de robots. Une vingtaine de rédactions en serait équipée, mais deux noms sortent fréquemment dans la presse, car ce sont deux institutions : Forbes et le L.A. Times.

Forbes.com, site sur l’actualité économique, utilise une plateforme d’intelligence artificielle pour générer automatiquement ses brèves à partir des flux d’informations et des articles déjà stockés dans la base de données du site. Cette solution est fournie par Narrative Science, une start-up américaine basée au nord de Chicago créée par deux spécialistes de l’IA, Larry Barnbaum et Kris Hammond, donnant suite au projet Stats Monkey lancé par la prestigieuse Medill School of Journalism. Le logiciel est capable de produire des articles rédigés à la manière d’un journaliste, en puisant ses formules dans une base de mots, d’expressions et de formules communément utilisés sur le Net.

Le Los Angeles Times, quant à lui, utilise des robots pour faire des rapports sur les tremblements de terre : l’éditeur s’appuie sur un algorithme qui exploite les données du site US Geological Survey (USGS), qui surveille l’activité sismique sur la planète : magnitude, épicentre, heure d’un séisme.

Cet algorithme a par exemple permis au quotidien américain de publier en ligne un article trois minutes après qu’un tremblement de terre ait frappé la Californie. Le programme, baptisé QuakeBot, est le fruit de deux ans de recherche de Ken Schwencke, un développeur embauché par le L.A. Times pour mettre au point des solutions robot-journalistiques pas uniquement pour la déclaration et le suivi de séismes, mais également pour la rubrique nécrologique du site.

Dès qu’une information arrive à la rédaction, le robot la prend en charge immédiatement et les insère dans un gabarit pré-écrit. Rassurez-vous, l’article généré automatiquement est ensuite relu par un humain avant d’être publié en ligne. Il est d’ailleurs signé du journaliste lui-même et non pas par QuakeBot.

En France, la société Opta, fournisseurs de données statistiques sportives, a conçu pour RTL un générateur de flux automatiques de commentaires pour les matchs de Ligue 1.

Le métier de journaliste va-t-il disparaître ?

Une solution automatisée telle que celle de Narrative Science ou le QuakeBot est d’une redoutable productivité : en moins de deux minutes l’article est plié et ce pour un coût estimé à 10 dollars les 500 mots. Est-ce pour autant que la fin du journalisme est annoncée ? 

Certainement pas.

Avoir un style, trouver un ton, utiliser l’ironie, contextualiser par rapport à une période de l’histoire, être engagé, sont encore loin d’être à la portée des robots et des lignes de code. 

Bien que Narrative Science propose de personnaliser le ton et l’angle de ses articles automatiques, l’homme ne sait pas (encore?) coder quelque chose qui n’obéit pas à des règles fixes.

De plus, comme dit plus haut, les robots ne pourront pas effectuer d’enquêtes de terrain (bien que les chaînes TV commencent à envoyer des drones sur place…), d’analyses, ou faire des références à des événements historiques. Les journalistes qui possèdent une qualité d’écriture et un savoir-faire hors de portée des robots sauront tirer leur épingle du jeu. En outre, l’homme a encore la capacité de vérifier ses sources par d’autres moyens que des bases de données.

Kristian Hammond de Narrative Science prévoit que d’ici 2030, 90 % des articles de presse seront générés par des robots et que d’ici 5 ans, un ordinateur a des chances de gagner le prix Pulitzer. On prend les paris ?

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard

 

Quel avenir attend le journalisme? Quels sont ses défis?

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Journalisme d'hier, d'aujourd'hui et de demain

«Mon inquiétude unique devant le journalisme actuel, c'est l'état de surexcitation nerveuse dans lequel il tient la nation. [...] Aujourd'hui, remarquez quelle importance démesurée prend le moindre fait. [...] Quand une affaire est finie, une autre commence. Les journaux ne cessent de vivre dans cette existence de casse-cou. Si les sujets d'émotion manquent, ils en inventent.»

Non, ce n'est pas le plus récent coup de gueule d'un nostalgique qui désespère devant la superficialité et le rythme affolant de l'information qui circule dans les sites Internet des grands médias, dans le réseau Twitter ou dans les chaînes d'informations télévisées en continu. Il s'agit plutôt de la critique virulente de la presse que dressait un certain Émile Zola, dans Le Figaro du 24 novembre... 1888!

La rapidité avant la véracité des faits

Pour caricaturer un peu, on pourrait dire que l'accélération de l'information nous expose à un danger similaire aux excès de vitesse en automobile : le risque augmente avec la rapidité du bolide. [...]

L'information politique sort-elle améliorée de ces nouveaux médias? Les amateurs de l'instantanéité en sortent gagnants : vous allumez la télé ou vous allez sur Internet, et vous savez immédiatement ce qui vient de se passer dans les corridors de l'Assemblée nationale ou du parlement d'Ottawa. [...] Bref, on vous tient «au courant». Mais à la fin de la journée ou de la semaine, serez-vous un citoyen mieux informé que votre voisin parce que vous aurez pris connaissance des nouvelles avant lui?

Le journalisme judiciaire : cultiver la distance

La justice vit à une autre époque. Peut-être plus fondamentalement cependant, le temps auquel vit la justice est un «autre temps», en ce sens que son travail est et doit être lent. Tout événement doit être patiemment décomposé et recomposé. La quête de la vérité, la recherche d'une conclusion, tout est long, tout est lent, tout est toujours reporté à une date ultérieure.

Voilà qui s'arrime assez mal à notre époque où tout doit se conclure rapidement, où les sujets arrivent et partent dans la même journée, vidés de leur substance médiatique; une époque où les nouvelles sont périmées plus vite que jamais, où tout passe, tout lasse au bout de quelques heures. [...] On aura beau imaginer toutes les réformes, le monde de la justice vivra toujours dans ces autres temps excentriques. [...]

Les dernières résistances judiciaires devant Twitter vont tranquillement s'estomper : il n'y a aucune raison juridique de forcer les journalistes à retenir l'information jusqu'à ce qu'ils puissent sortir de la salle d'audience. [...] Cette pratique n'est cependant pas sans conséquence. Le reportage judiciaire par le truchement de Twitter devient morcelé à l'extrême. C'est par fragments, par éclats qu'on se trouve à «tout» dire, tout de suite.

Presse écrite : priorité à la quête du sens

Quand de vieux journalistes parlent avec regret de la presse des années 60 ou 70, c'est avant tout de leur propre jeunesse qu'ils sont nostalgiques. Il faut faire l'exercice : passer un après-midi à la Grande Bibliothèque et relire les journaux de l'époque. On constate alors qu'on a tendance à idéaliser le passé. La presse d'avant souffrait de nombreuses carences. Le journalisme a beaucoup évolué.

Pour la presse écrite, miser sur la quête du sens et revenir à un certain classicisme dans la forme ne signifie pas un retour en arrière.

Au contraire, les journalistes de l'écrit doivent apprendre à exploiter à fond les outils modernes de recherche et de communication, de manière à offrir aux lecteurs toute la profondeur dont ceux-ci ont soif, et qu'ils ne trouvent ni à télévision, ni à la radio, ni sur le Web.

Le grand dérangement numérique

Il y a des jours où je me demande si ce que j'enseigne est encore du journalisme. Les étudiants de cette deuxième décennie du XXIe siècle sont des machines. Pas dans le sens robotique du terme, mais dans celui du prodige de polyvalence qu'on exige d'eux.

En trois ans, ils apprennent tous les métiers : la recherche, le reportage, toutes plateformes confondues, les responsabilités de l'affectation ou du pupitre. Ils doivent aussi devenir compétents sur le plan technique : mise en page d'un journal (oui, cela s'enseigne encore), publication en ligne, calibrage des couleurs sur un caméscope semi-professionnel, montage son et vidéo, entre autres. Et voilà que s'ajoutent, depuis quelques années, des notions d'informatique.

Et c'est sans compter tout ce qu'on ne leur montre pas, mais qu'on attend implicitement d'eux : avoir une solide culture générale et écrire mieux que Pierre Foglia tout en sachant se servir d'un ordinateur, d'un téléphone prétendument intelligent ou d'une tablette pour intervenir dans quantité de médias dits sociaux.

Le recours à la déontologie pour renouveler le journalisme

La culture des médias sociaux et des nouvelles en continu a imprimé une nouvelle réalité dans laquelle l'information circule à une vitesse excessive. Le traitement de l'information est, pour ainsi dire, à la remorque des nouveaux moyens technologiques. La production médiatique est prise dans un engrenage d'hyperproductivité, semblable à celui du hamster qui tourne en rond dans sa cage et ne peut s'en échapper. [...] Or, cette rapidité de production et de diffusion est mère de dérapages éthiques qui s'accumulent. C'est ce constat qu'on est à même de faire en voyant apparaître de nouveaux types de plaintes déposées au cours des dernières années devant le Conseil de presse du Québec, des plaintes concernant des propos présumés méprisants et discriminatoires sur les réseaux Facebook et Twitter. [...]

Pour assurer sa pérennité, le journalisme du XXIe siècle doit pouvoir se renouveler en tablant sur des valeurs sûres : un traitement de l'information et une analyse en profondeur des événements, la recherche de la vérité dans son intégralité, la diffusion de faits rigoureusement exacts et de témoignages humains inédits. En somme, un contenu hautement crédible et éthique - une valeur ajoutée

Rien n'a changé

La fameuse «révolution médiatique» qui emballe (un peu) et effraie (beaucoup) les salles de presse partout sur la planète est une vue de l'esprit. Ou presque.

Cessons d'évoquer un chambardement à la Gutenberg, faisons taire toutes les Cassandre. Les fouille-merdes resteront des fouille-merdes, à coups de linotype ou de pixels. Index tachés d'encre ou pouces usés par un écran tactile, même combat.

L'industrie évolue à toute allure, certes, mais ses fondations restent solides et ses grandes institutions demeurent. Le journaliste de 1915 serait ébahi par les moyens techniques déployés 100 ans plus tard par ses successeurs, mais s'apercevrait rapidement que le fond de l'affaire n'a pas tellement changé.

L'avenir est au transmédia

Où allons-nous? J'ai posé cette question à un patron de presse lors d'une conférence. Alors que je pensais qu'il avait mûrement réfléchi à ce fameux «changement» qui préside à la destinée de nos médias, sa réponse m'a désarmé : «Je ne sais pas, toi seul le sais. Ce sont des jeunes comme toi qui vont mener ce changement.»

Prenons-le au mot, alors. Au moment où nous aurions le plus besoin de jeunes journalistes pour renouveler nos façons de faire, beaucoup errent au rythme des tarifs méprisants de la pige ou des stages et des remplacements à la pièce. [...] Pour comprendre ce que souhaitent les jeunes, le début de la solution ne consisterait-il pas à faire davantage confiance aux professionnels de leur âge?

 

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

Protection de la vie privée et de l'intimité de la vie privée

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La vie privée est protégée par les dispositions de l'article 9, alinéa 1er, du Code civil qui énonce que "chacun a droit au respect de sa vie privée". Elle confère aux personnes le droit d'être libre de mener sa propre existence avec le minimum d'ingérences extérieures. Elle couvre l'état de santé, la vie sentimentale, l'image, la pratique religieuse, les relations familiales et, plus généralement, tout ce qui relève du comportement intime ainsi que les atteintes portées au droit au nom, à l'image, à la voix, à l'intimité, à l'honneur et à la réputation, à l'oubli, à sa propre biographie. Dans certaines situations, la violation de la vie privée peut être sanctionnée par le droit pénal (cf. articles 226-1 et 226-2 du Code pénal).

 

Les affaires ayant trait au respect de la vie privée révèlent fréquemment un conflit avec le droit à l'information du public, notamment lorsqu'il s'agit de protéger la vie privée d'une personne qui se trouve particulièrement exposée en raison de sa célébrité ou de son actualité. A cet égard, les compétences du Cabinet en droit de la presse et des médias constitueront un atout précieux pour vous défendre.

 

L'avocat intervient pour vous apporter les conseils à même de protéger tous les éléments de votre vie privée ou, le cas échéant, pour faire cesser les atteintes qui y sont portées en se chargeant des démarches amiables ou judiciaires aux fins de :
-saisie, séquestre, suppression des passages litigieux, publication d'un communiqué,

 Astreinte...,


-paiement dédommages-intérêts en réparation du préjudice subi,


- insertion de la décision de justice dans la presse.

 

Protection du droit à l'image : Le droit à l'image est un démembrement du droit au respect de la vie privée. Il s'agit donc d'un droit essentiellement à caractère moral. Toutefois, il peut recouvrir un caractère patrimonial pour les personnes qui font habituellement commerce de leur image, tels que les mannequins, modèles, comédiens, célébrités...

 

Le Cabinet vous conseille et vous assiste pour organiser la protection de votre droit à l'image (lettres de mise en demeure adressées aux médias à titre préventif, autorisation d'utilisation de l'image...). Il se charge aussi de protéger votre "e-réputation" sur le réseau Internet contre les utilisations dévalorisante de votre image. Lorsqu'il est porté atteinte à votre image, l'avocat intervient pour engager les procédures à même de faire cesser le dommage et d'obtenir l'indemnisation du préjudice subi.

 

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

Nos élus sont-ils à la hauteur de nos espérances ?

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On ne peut parler de maturité citoyenne lorsqu’il y a une France à plusieurs facettes incontrôlables.

L’exceptionnelle réaction citoyenne du 11 janvier et des jours précédents, à Paris, dans toute la France et même dans le reste du monde, apporte un nouvel éclairage sur le rôle que peuvent jouer les citoyens dans une démocratie moderne. Bien que ce mouvement extraordinaire demeure encore largement à élucider, toutle monde a confusément conscience que, sur plusieurs plans, « rien ne sera plus comme avant ». Je délaisserai la signification la plus symbolique de ce mouvement, la réaffirmation forte des valeurs fondamentales de l'humanité Ets de la démocratie pour explorer un autre champs, délaissé par les commentateurs et les politiques, celui du rôle que devraient jouer les citoyens dans une démocratie moderne.

En France comme dans toutes les nations démocratiques modernes, la démocratie a adopté, dès le départ une forme représentative presque unique, depuis le parlementarisme britannique jusqu'au présidentialisme à l'américaine, incontournable, imitée, reprise par toutes les nouvelles démocraties issues de la décolonisation. En Europe et en Amérique, pendant tout le XIXe siècle, la représentation s'est limitée aux couches aisées de la population, aux hommes et parfois aux seules ethnies dominantes.

L'habitude a été prise de confier pendant la durée d'un mandat, la gestion des affaires communes à des politiciens, issus le plus souvent eux-mêmes des classes supérieures instruites qui définissent, en petits comités, avant les élections et en cours de mandat, les grands axes d'intervention et les mesures concrètes que les institutions peuvent appliquer. Le contrepouvoir est assuré, pour l'essentiel, par l'opposition, généralement parlementaire, qui critique publiquement et avancent parfois des contrepropositions.

La presse, si elle est aussi démocratique, peut également jouer son rôle de « quatrième pouvoir ». De temps en temps, certains citoyens descendent dans la rue pour exprimer plus directement et parfois violemment leur opposition à l’apolitique conduite ou, là encore, des revendications alternatives. Mais le mécanisme principal d'évaluation et éventuellement de sanction citoyenne a toujours été et demeure le vote de fin de mandat. Tous les quatre, cinq ou six ans, les citoyens reviennent dans le jeu démocratique et expriment à nouveau leur opinion. La plupart des politologues, des journalistes et des politiques me répondront : « Et alors ? »

Il n'aura pas échappé aux observateurs attentifs et doués d'un minimum d'esprit critique que, depuis quelques années et même à mon avis, depuis quelques décennies, ce modèle éprouve des difficultés croissante à représenter les aspirations des citoyens -qui sont sans doutes devenues de plus en plus difficiles à cerner et à satisfaire.

Il semble assez évident que, dans la plupart des pays d'ancienne démocratie, en Europe, en Amérique, principalement, un écart croissant, j'oserais même dire un fossé, s'est creusé entre une représentation politique de plus en plus technocratique, dépassée par les problèmes et par la démultiplication des contraintes de tous ordres et des citoyens de plus en plus insatisfaits et de plus en plus démotivés.

J'ose affirmer que nous sommes entrés, certes progressivement et peut-être insidieusement, depuis de nombreuses années, dans une crise de plus en plus aiguë, de la démocratie représentative qui, précisément, représente de moins en moins et de moins en moins bien, la diversité, la complexité des aspirations citoyennes.

Créer des « comités citoyens »

Des tentatives d'implication plus étroite des citoyens ont été mises en place, dans quelques pays dont la France, dans les plus grandes villes et dans quelques autres, parfois à l'échelle régionale, pour consulter plus régulièrement, les citoyens, pour les écouter et éventuellement les faires participer à la gestion des affaires communes. C'est le principe de la démocratie participative, expérimentée de manière ambitieuse dans certains pays, comme le Brésil et institué a minima, en France, à travers les Conseils de quartier depuis le début des années 2000.

Un bilan plus précis et plus nuancé de ces expériences mérite d'être tiré mais il semble, du moins en France, qu'un nombre assez limité de citoyens s'y investissent (par exemple, dans la ville de Lyon, le nombre de conseillers de quartier est passé de 9000 à 3000, de 2001 à 2012, pour une population de près de 500 000 habitants) et que peu d'élus osent s'aventurer dans une concertation authentique et à plus forte raison dans une association active avec les citoyens.

Pourtant, les conditions culturelles de l'exercice de la citoyenneté ont profondément évolué, non seulement dans les pays développés mais même dans certains pays dits « en développement ». Il me semble que les mentalités des citoyens sont irriguées par deux influences contradictoires. D'une part, la tendance à l'individualisme, au consumérisme qui poussent de nombreux citoyens, en particulier les plus jeunes, à se désintéresser des problèmes collectifs et donc à ne plus guère s'y investir et même à ne plus voter, ou alors àchoisir leur vote comme on choisit un produit dans un supermarché.

D'autre part, l'élévation considérable du niveau d'instruction, d'information donc de compréhension des problèmes qui, certes, ne sont pas proportionnelles et qui permettent à une part croissante de la population d'appréhender les problématiques politiques et éventuellement de formuler des propositions pertinentes. Le grand mouvement citoyen de janvier rappelle avec force qu'une partie significative des Français a la maturité et la capacité de s'investir dans les problèmes communs.

Comment avancer vers une telle perspective ? Il faut d'abord lancer un grand débat sur l'état de notre démocratie, en donnant la parole aux citoyens et en mettant les partis politiques devant leurs responsabilités, car ils ont beaucoup fait, par leurs pratiques douteuses, pour dégoûter les citoyens de la politique.

Ensuite, nous pourrions créer des « comités citoyens », dans les quartiers, dans les villes, dans les cantons ruraux pour débattre des nouvelles formes de démocratie à créer et, d'ores et déjà commencer à exercer ce nouveau pouvoir citoyen face aux élus locaux, à faire émerger des projets citoyens et à s'opposer aux mesures souvent technocratiques ou injustes des collectivités locales.

Il serait bon aussi, à la suite des événements tragiques de Paris, de prendre localement des initiatives pour favoriser, améliorer ou rétablir le vivre ensemble dans la tolérance et la diversité

 

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard

Pourquoi : L’urgence devant le juge administratif

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Les cinquièmes états généraux du droit administratif ont permis aux avocats, magistrats et professeurs de faire le point sur les procédures d'urgence devant le Tribunal administratif.

Pascal Eydoux voulait que cette journée permette « d’approfondir les réflexions sur des enjeux communs, notamment sur le rôle du juge administratif dans la protection des libertés et des droits fondamentaux. » Ces états généraux étaient l’occasion de dresser un bilan de la loi sur les référés, quinze ans après son décret d’application et alors qu’ils sont de plus en plus médiatisés : « Dieudonné M’Bala M’Bala », « Google contre CNIL », « VTC contre taxis », « Vincent Lambert »…  En quinze ans, le référé s’est bien inséré dans la pratique des juridictions.

Le temps de l’administration qui peut jouer la montre n’est pas celui du justiciable qui doit faire face à l’activité administrative. En prison, l’administration a besoin de décisions rapides. Le temps du juge est celui de la prise de décision indépendante et impartiale. Chaque année, 15500 référés d’urgence sont pris dans des délais très brefs, dont 3500 référés libertés. Le Conseil d’État statue aussi tous les ans sur 300 affaires dont la moitié sont des appels de référé liberté. Le taux d'appel des décisions en référés se situe en dessous de 10 %. Les référés libertés font exception à 16 %. Le taux de succès de ces recours en cassation est de 7 %.

« Les avocats ne pourraient plus travailler sans le référé » affirme Jean-Jacques Israël, avocat au barreau de Paris et doyen de l’université Paris Est Créteil Val-de-Marne. Pour Pascal Eydoux, le référé permet de compléter, diversifier, sécuriser la boite à outil du juge par des instruments de droit pour développer la procédure participative. Il offre une vraie réponse et un défi de permettre aux clients de contractualiser leurs contentieux. Il allège la charge du juge mais lui permet de conserver son rôle d’arbitre.

Le référé, création de la loi du 15 juin 2000

Le référé est un recours jugé sur le fond. Il veut apporter en temps utile une réponse adaptée aux litiges présentant un caractère d’urgence. Sa procédure est caractérisée par une grande souplesse basée sur le « soft law » et l’importance de l’oralité dans les débats. Il permet de demander au juge des référés – un magistrat statuant seul – d’ordonner toute mesure nécessaire à la protection d’une liberté fondamentale.

Le référé permet de demander des mesures provisoires afin de régler des cas urgents, et des mesures d'instruction comme une expertise pour établir des preuves avant le procès. Il peut se prononcer sur l’inconstitutionnalité, la compatibilité des lois, le droit européen, le droit des contrats, les décisions d’expulsion des étrangers… Il existe deux principaux types de référés : « suspension » qui arrête une décision de justice et « liberté » qui préserve les libertés fondamentales d’une personne menacée. Un tiers des référés concernent des décisions d’éloignement des étrangers.

La procédure complète un premier procès. Elle permet de modifier les décisions et d’enlever les vices, d’où parfois une confusion entre juge des référés et juge de la médiation, dénoncée par les intervenants. Un référé permet cependant d'obtenir des dommages et intérêts en attendant le résultat du procès principal qui porte sur le fond et la totalité des litiges. Les mesures ordonnées par un référé sont provisoires et peuvent être contredites par le tribunal en charge du procès principal. Elles fonctionnent avant la fin du procès si la décision est favorable. La justice des référés statue lorsqu’aucune contestation ne peut remettre en cause la décision soit par des mesures uniquement conservatoire. La décision du référé clôt souvent l’instruction. Le non-respect de cette décision entraîne le dessaisissement de l’affaire.

Améliorer les droits de la défense

La loi de 2000 fut un aggiornamento qui a transformé le rôle du recours pour compléter le « sursis à exécution », tout en affirmant la place des juges. Il a demandé d’adapter le rythme de la procédure pour obtenir une plus grande réactivité, faisant du juge des référés, un défenseur de premier plan. Le recours n’est ainsi plus une contrainte organisationnelle mais un mode déterminé et définitif d’application du droit administratif (urbanisme, droit des contrats, conseil aux collectivités locales).

Dès ses débuts, le référé s’est montré innovant, rompant avec les règles professionnelles et procédurales. Il a permis une accélération du dialogue par le passage des écritures aux observations orales. Il s’est traduit par des décisions plus compréhensibles pour le justiciable car, comme le rappelle Pascal Eydoux, «  il est compliqué d’expliquer au justiciable que la décision est irrégulière mais qu’il n’y a pas d’urgence ». Pour Jean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d’État, cela ajoute « plus de proximité » et permet de mesurer le « bon fonctionnement et de l’efficacité de la Justice, donc la bonne santé de la démocratie. »

Le référé a changé les statistiques, la culture du travail et les réflexes et méthodes. Il permet une plus grande autonomie de la procédure. L’audience du référé permet souvent de révéler les faiblesses d’un dossier et suggère parfois les moyens d’y remédier. L’autonomie du référé tend à s’affirmer et des aménagements vont pour s’affiner. Les exigences du référé supposent un aménagement de certaines règles du droit administratif comme la voie de fait. Le Conseil d’État propose alors de créer un « référé conciliation », mode alternatif de règlement de différend.

Une nouvelle culture de l’urgence

En introduction, Pascal Eydoux estimait que  « c’est à l’excellence des procédures d’urgence que l’on mesure l’efficacité d’une juridiction. » Jean-Jacques Louis, président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, a témoigné de l’urgence au niveau d’un juge administratif de premier degré. Lui voit l’urgence comme permettant d’aller plus vite et de casser la lenteur du juge. Pour lui, la culture de l'urgence a modifié la pratique du juge administratif, qui a dû apprendre à découpler « urgence et sécurité juridique ». La multiplication de la forme des référés a modifié les comportements : le juge est désormais obligé de prioriser. Il ne respecte plus la coutume du FIFO (First in First out – premier arrivé, premier traité). Pour lui, « une culture générale de l’urgence dépend du nombre de spécialistes en droit administratif dans chaque barreau. »

La culture de l’urgence signifie que l’impératif est repris et amplifié par d’autres pouvoirs donnés au juge administratif. Actuellement, les retards se surveillent et les délais sont encadrés. L’urgence a introduit plus de fluidité dans la procédure faisant du temps réel le temps administratif. Le temps du juge est devenu celui de la prise de décision. Le référé a estompé les différences entre l’action administrative et l’intervention juridictionnelle dans la procédure de décision. Il a engagé la crédibilité du juge qui ne peut pas prendre autant de temps que les décisions d’une administration qui se heurteraient à des obstacles. Ce pourquoi le juge de l’urgence fait une utilisation accrue de droit souple.

Bernard Stirn, président de la section Contentieux au Conseil d'Etat, demande « plus de sécurité juridique et une procédure d'urgence pour certains marchés », que l’on puisse apprécier l’urgence de manière plus libérale. Sébastien Bracq, avocat au barreau de Lyon et membre du CNB, développait les outils du juge du référé pour mettre en œuvre l'urgence dès le rendu de l'ordonnance. Car pour lui,« la compétence des avocats est de savoir justifier rapidement l’urgence. » Les avocats espèrent désormais beaucoup du cyber-référé et du développement de conventions type. Pour le président du CNB, Télérecours doit devenir un mode définitif et l’accès dématérialisé à certaines juridictions comme e-Barreau doit être plus automatique. 

Les procédures d'urgence ont dévoilé le rôle du juge administratif et elles lui ont permis d’approfondir son contrôle. Le juge de l'urgence est devenu un juge de l'évidence. Ces états généraux auront également permis d’explorer le champ de l’urgence devant le juge administratif, au travers de quatre perspectives : « urgence et protection des libertés économiques », « urgence et droit de l’urbanisme et de l’environnement », « urgence et protection des droits fondamentaux » et « urgence et mise en œuvre des plans de sauvegarde de l’emploi ».

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard