Présidentielle 2017 : Et si les réseaux sociaux comptaient plus que la télévision ?

coj

Pour le spécialistes des médias, Jean-Marie Charon la réforme du temps de parole dans la campagne présidentielle n'aura pas d'influence. Selon lui, les réseaux sociaux, les sites d'information ou les blogs comptent autant ou plus que la télévision.


Jean-Marie Charon est sociologue et chercheur au CNRS. Il enseigne à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, à Paris, ainsi qu'à l'IEP de Rennes. Il travaille en particulier sur les médias, et publie de nombreux ouvrages sur le sujet, dont Les Journalistes et leur public: le grand malentendu (Vuibert)


Les députés ont voté lundi une loi modifiant les règles de l'élection présidentielle. Les rédactions audiovisuelles ne sont plus obligées d'appliquer une stricte égalité de parole entre «petits» et «gros» candidats avant la campagne officielle. Que cela vous inspire-t-il?

Jean-Marie Charon: Il est normal que les règles changent alors même que l'offre de médias s'est complètement transformée et que les pratiques du public évoluent rapidement. Qu'est-ce que signifie comptabiliser le temps de parole à l'heure de la télévision délinéarisée, à l'heure aussi du 2ème, voire 3ème écran de l'ordinateur, du Smartphone, etc. Va-t-on compter le nombre de retweet ou de partage de vidéos sur Facebook durant une émission qui reçoit un candidat? Rappelons que selon l'étude 24/7 de Médiamétrie, 88% des personnes qui se voient recommander une vidéo, vont la consulter…

La polarisation sur une télévision dont les chaînes se sont démultipliées relève du contresens, alors même que, toujours selon la même étude de Médiamétrie, 38% des personnes interrogées disent s'informer par les médias numériques et que77% des 18-24 ans déclarent utiliser en priorité les médias digitaux pour s'informer.

Enfin il est temps que l'élargissement considérable de l'offre de supports d'information rende aux rédactions leur nécessaire responsabilité dans ce domaine et que les journalistes de radio et télévision puissent faire réellement leur travail dans la période de la plus haute intensité de nos institutions démocratiques.

Cela ne va-t-il pas avantager les candidats des grands partis? Que répondez-vous à ceux qui évoquent un déni de démocratie?

Le déni de démocratie c'était d'abord ce carcans horaire qui faisait que se polarisant sur le temps consacré à une dizaine de candidats, les journalistes pouvaient plus réellement nous informer. Qu'est-ce qu'une information où la hiérarchisation de l'information, la mise en perspective, l'analyse s'effacent derrière le comptage du temps consacré à chaque candidat?

Comme si par ailleurs la presse écrite ne comptait pas ou plus. Comme si surtout petits et grands candidats ignoraient les réseaux sociaux, les sites d'information ou les blogs. Comme si la réceptivité des électeurs / public aux arguments et projets des candidats n'était que question de temps d'exposition.

La télévision des futures présidentielles aura encore changé, comme la place de ce média dans les pratiques d'information. Il faut donc adopter une attitude pragmatique, qui donne davantage d'initiative et de responsabilité aux rédactions et à la société elle-même.

Le principe de l'équité désormais appliqué, n'est-il pas un peu flou?

Dans un paysage médiatique aussi diversifié que le nôtre, avec notamment la place que prend le numérique et tout particulièrement les réseaux sociaux, la véritable équité devra reposer sur le professionnalisme des rédactions et la vigilance d'électeurs disposant d'outils aussi réactifs que les plateformes d'échanges de vidéos ou les réseaux sociaux. Les derniers événements dramatiques que la France et l'Europe ont connu montrent bien la place qu'occupent ces outils. Pour le meilleur et pour le pire. Exigeant des rédactions d'être plus précises, plus rigoureuses, plus vigilantes, comme le montre le développement du fact checking.

En outre il revient au CSA d'éclairer les rédactions sur son interprétation de ce principe d'équité, en souhaitant qu'il ait lui-même cette ouverture aux évolutions des pratiques du public.

Avec la multiplication des chaînes de télé le précédent système était-il applicable?

La question est moins celle du nombre de chaînes que celle de l'évolution des pratiques du public qui peut accéder aux émissions n'importe quand et autant fois qu'il le souhaite. La question est de ce point de vue moins de savoir si le système est applicable que de s'interroger sur son utilité et ses inconvénients. Or ces inconvénients, lorsque les candidats sont nombreux est qu'il fige le travail journalistique durant de longues semaines, les plus cruciales d'une campagne électorale.

Existe-t-il un système qui pourrait satisfaire tout le monde? Lequel?

Nous sommes en plein bouleversement du paysage des médias et de l'information et ce bouleversement est appelé à se prolonger. La télévision d'aujourd'hui n'est pas celle qui avait justifié les règles appliquées jusqu'à ces derniers temps en France. La télévision des futures présidentielles aura encore changé, comme la place de ce média dans les pratiques d'information. Il faut donc adopter une attitude pragmatique, qui donne davantage d'initiative et de responsabilité aux rédactions et à la société elle-même.

Quels sont les règles dans les autres démocraties?

Les comparaisons sont difficiles dans cette matière tant le traitement des élections dépends des institutions démocratiques elles-mêmes. Peu de pays élisent leurs dirigeants au suffrage direct, notamment en Europe. Dans des démocraties qui donnent davantage de place aux parlements et aux partis politiques, il est naturel de tenir compte de la représentation parlementaire des différents partis. C'est le cas en Espagne ou au Royaume uni. Dans ce cas la référence est celle du nombre de siège obtenus par les uns et les autres aux précédents scrutins. Par ailleurs le public peut être davantage réglementé que le privé, comme en Espagne. Les formes d'information peuvent aussi être plus ou moins encadrées, comme les débats qui échappent à la réglementation du temps, outre-manche.

L'élection présidentielle française est souvent mise en perspective avec celle des Etats Unis. C'est peu dire que les systèmes d'information et les règles qui s'y appliquent ont peu de point commun avec les nôtres. Un pays où prévaut le 1er amendement qui stipule l'impossibilité de légiférer en matière d'information.

 Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

Le Journaliste et sa conscience : Doit-il tout dire ?

coj

Il existe dans notre métier des chartes qui rappellent le journaliste à ses devoirs. Elles insistent sur le respect nécessaire de la vérité. Un journaliste, stipulent-elles, ne doit pas user de moyens déloyaux : mensonge, déformation de faits ou de documents, accusations sans preuves. Mais le journaliste doit-il pour autant tout dire ?


Toute vérité est-elle bonne à dire ?

Certes, le journaliste doit faire de la recherche de la vérité son compagnon. Mais la vraie interrogation est : peut-il ou doit-il dire toute la vérité ? Au journaliste, on demandera de mettre en pratique l’hymne du Wassoulou : « Dire la vérité en tout lieu, en tout temps ».

Dans les faits, la vérité passe par le regard ou l’oreille du journaliste. Ce qu’il a entendu, il le recompose, le réinterprète. Forcément, quelque chose se perd en route. Le réel porte l’empreinte du style, et fait l’objet d’une mise en scène. Il s’agit, alors, pour le journaliste de filtrer les informations puisque certaines d’entre elles ne sont pas communicables. C’est la dure réalité à laquelle il est parfois confronté, avec surtout le souci de respecter la vie privée d’autrui. L’information ne doit pas porter atteinte à la dignité des personnes. Car la question que doit se poser le journaliste dans l’intimité de sa conscience est celle de savoir si le droit à l’information est supérieur à l’intime tragédie humaine ? C’est en cela que consiste la déontologie du métier. Dans cet ordre d’idée, l’art de masquer devient de plus en plus une nécessité éthique. C’est l’auto-censure, même si dans la profession ce mot est tabou. Nous pouvons alors soutenir avec Hubert Beuve-Méry, fondateur du journal « le Monde » que : « tout peut être dit mais pas n’importe quand ni n’importe comment ». Car il est des vérités assurément inutiles, et finalement pernicieuses. Est-il nécessaire, pour les médias, de flatter abusivement les curiosités les plus médiocres ? Il existe également des vérités déplaisantes, blessantes ou traumatisantes. Tout ceci doit passer devant le tribunal de la conscience du journaliste. Le filtre de la conscience

Mais si la déontologie fait de la vérité un impératif essentiel, cela ne doit pas nous faire oublier que le rapport du journaliste avec la vérité n’est pas chose simple. Le temps est d’abord son premier ennemi, il doit faire vite pour rendre compte. Autre danger pour le journaliste, alors que le réel n’a pas fini son déploiement, sa rédaction lui demande de faire un commentaire sur un fait qui n’a pas encore dit son dernier mot. Rendre compte d’une réalité multiforme, c’est cette exigence que l’opinion nous impose.

La conscience est le seul filtre capable de trier ce que le journaliste a vu et compris de ce qu’il dispense à ses lecteurs. Il doit s’interroger en permanence, se méfier de lui-même, d’où la nécessité de prendre du recul, d’échapper aux différentes influences. Il doit être en marge de la foule pour mieux l’observer. Cette mise à l’écart est nécessaire pour avoir un regard serein.

Nous mesurons la lourde responsabilité du journaliste et le rôle central qu’il occupe au sein de la société. Sans la liberté des médias, les autres libertés sont illusoires. C’est pourquoi l’opinion doit prendre toute la mesure des difficultés de la mission des journalistes, pour ne pas les exposer à la critique facile. Souvent des personnes mal intentionnées projettent leurs propres fautes, tares, angoisses sur eux. La presse a bon dos et cela fait souvent l’affaire des imposteurs et des calculateurs sans moral. Aidons –la à courir le beau risque de la vérité, il y va de la santé de la démocratie.

 

 Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

 

Les journalistes français et les réseaux sociaux

 

coj

Les réseaux sociaux se sont imposés dans le quotidien des français et sont devenus un outil professionnel incontournable pour les journalistes. Mais quel usage en font-ils ? Pensent-ils que les réseaux sociaux concurrencent les médias traditionnels? Quels sont les journalistes les plus actifs ? Ceux de la presse quotidienne ou de la TV ? Ceux qui traitent de sujets de société ou de High Tech ? Ceux qui ne travaillent que pour les médias online ? Sur quels réseaux sociaux peut-on les trouver …?

1 – les journalistes ont intégré les réseaux sociaux comme un outil professionnel incontournable

•    Plus de 91 % utilisent les réseaux sociaux pour leur travail

•    Près de 60% y consacre moins de 2h par jour alors que plus d’un quart (26,38 %) sont présents sur les réseaux sociaux entre 2 à 4h par jour, et 14,05 % plus de 4h.

•    Les journalistes travaillant uniquement pour des supports online sont plus consommateurs que ceux n’écrivant que pour l’offline : 25 % des premiers y consacrent plus de 4h par jour contre 12,5 % pour les seconds.

•    Il y a une grande disparité au niveau des usages sur les réseaux sociaux selon les sujets traités par les journalistes : par exemple ceux du domaine « marketing, e-commerce et high tech, télécom » sont environ 30 % à y passer plus de 4h/jour contre moins de 5% pour le secteur « économie, finances, entreprise »

•    Si on prend en compte la périodicité du média : les journalistes qui ont une fréquence d’information en temps réel ou quotidienne comme ceux de la presse, de la radio, la TV ont une utilisation moyenne par jour largement supérieure à ceux de leurs confrères de la presse hebdo, mensuelle …

•    Ils sont plus de 54 % à déclarer « je ne pourrais plus me passer des réseaux sociaux pour exercer mon métier de journaliste » et on atteint 77% pour les journalistes online purs.

•    70,26 % considèrent que les réseaux sociaux ont amélioré leur réactivité et 36,91 % leur productivité.

2 –Twitter, Facebook et Linkedin : le tiercé gagnant pour travailler

•    Sur une échelle classée de 1 à 6 : Twitter est le réseau considéré comme le plus important professionnellement : il arrive en tête avec un score de 4,9/6, suivi par Facebook (4,73/6), Linkedin (3,89/6) et loin derrière : Google+. A noter l’émergence des réseaux dits visuels comme Instagram et Pinterest (les journalistes du domaine de la mode, beauté, lifestyle sont plus consommateurs de ces réseaux que les journalistes d’autres secteurs même si Facebook reste leur « chouchou »)

3 –Les réseaux sociaux : outil de promotion et de veille mais aussi une concurrence aux médias traditionnels

•    Les réseaux sociaux sont devenus un moyen d’assurer une plus grande visibilité et viralité des articles rédigés par les journalistes : ils sont 64 % à se servir des réseaux sociaux pour promouvoir et partager leurs écrits (et 94 % si on ne prend en compte que les journalistes travaillant uniquement pour le online). Dans cette question ou plusieurs réponses étaient possibles, ils sont d’ailleurs près de 35 % (tous médias confondus) à être d’accord avec le fait que les réseaux sociaux leur permettent de développer leur « personnal branding ».

•    Leur présence est également largement motivée par la volonté de garder un lien avec leur communauté et de l’animer (à plus de 47 %). On dépasse les 80 % pour les journalistes online purs. Néanmoins ils partagent et commentent volontiers d’autres articles trouvés sur la toile (près de 50%)

•    La veille sur leurs sujets de prédilection est le deuxième usage le plus prisé (55,4 %)

•    44% des journalistes pensent que les réseaux sociaux concurrencent les médias traditionnels : est-ce parce qu’ils permettent  à chacun de prendre la parole, de partager une actualité en prenant une photo avec son smartphone ? Ce qui est sûr c’est que les réseaux sociaux sont vus par tous comme de nouveaux  canaux d’informations.

4 – Journalistes et RP : une communication qui commence à émerger via les réseaux sociaux mais attention à la façon de contacter les journalistes

•    Les réseaux sociaux commencent à être utilisés par les journalistes et les communicants pour échanger entre eux : plus de 17% les considèrent comme l’une des méthodes à privilégier avec l’email, devant le téléphone et le face à face. Ils sont même près de 22% à déclarer prêter plus d’attention aux sollicitations envoyées via les réseaux sociaux que via les mails… Par ailleurs, 44 % des journalistes s’en servent pour rentrer en contact avec des interlocuteurs capables de leur apporter des témoignages et expertises, on dépasse même les 80% pour les purs online.

•    Les communicants doivent cependant être très attentifs dans leur façon d’interpeller un journaliste sur les réseaux sociaux et surtout ne pas le faire en mode « public » : ils sont contre cette pratique à plus de 84,4 % sur Facebook et près de 62 % sur Twitter. Les messages privés sont nettement mieux perçus : de 42% des journalistes sur Twitter et Linkedin et 36,5% sur Facebook déclarent apprécier cette nouvelle façon de communiquer.

5 – Des usages différents sur les réseaux sociaux

•    Comme on l’a constaté précédemment, Twitter est le réseau référent dans un cadre professionnel. Cependant si 71,64 % des journalistes possèdent un compte Twitter, ils sont légèrement plus nombreux sur Linkedin (72,73%) et Facebook caracole en tête avec 80,1%. Ceci n’est pas contradictoire puisqu’on constate que :

·         A la question « avec qui êtes-vous amis sur Facebook, la famille et les amis arrivent largement en tête avec un score de 8,78 sur 10. Viennent ensuite les confrères journalistes (6,55/10).  Facebook est donc principalement utilisé dans un cadre privé.

·         Sur Linkedin la majorité des relations établies le sont avec des entreprises : porte paroles, experts et responsables de communication. On est dans une utilisation très professionnelle autant pour leur travail qu’à titre personnel.

•    Les journalistes online purs sont plus nombreux sur Twitter (92% contre 54% d’offline). Twitter est un excellent outil pour savoir ce qu’il se passe en temps réel et un journaliste online peut rédiger un billet sur un « sujet chaud » et le publier instantanément.

A l’heure où les modes de communication ont évolué, les journalistes ont pris le virage des nouveaux outils et utilisent largement les réseaux sociaux dans un cadre professionnel, principalement Twitter, Linkedin et Facebook. Néanmoins il y a beaucoup de disparités dans cette présence sur les réseaux sociaux selon la périodicité du support, son type : online / offline, le sujet traité, et son audience : grand public / professionnelle…

C’est au communicant de savoir s’adapter et de définir la meilleure stratégie RP en connaissant bien les médias et les journalistes : les réseaux sociaux sont un des moyens d’entrer en relation avec eux mais l’étude fait ressortir que l’email, le téléphone et la rencontre In Real Life reste, dans cet ordre,  les 3 méthodes préférées des journaliste pour être contactés.

 

 Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

 

Le quatrième pouvoir

coj

La presse est qualifiée de 4ème pouvoir et a été longtemps considérée comme un contre-pouvoir au pouvoir politique en place. L’information est un bien commun . Communiquer librement, un droit. Les groupes multimédias enterrent ce droit. Contre les abus de pouvoir, la presse et les médias ont été, pendant de longues décennies, dans le cadre démocratique, un recours des citoyens. Les journalistes et les médias ont souvent considéré comme un devoir majeur de dénoncer les violations des droits. C’est pour cette raison que l’on a longtemps parlé du « quatrième pouvoir », ou encore de la « voix des sans voix » A mesure que la mondialisation libérale s’est accélérée, ce 4ème pouvoir a été vidé de son sens. Il a perdu peu à peu sa fonction essentielle de contre-pouvoir. Avec le capitalisme financier qui est en fait un capitalisme de la spéculation, on assiste à un brutal affrontement entre le marché et l’Etat, entre le secteur privé et les services publics, entre l’individu et le société , entre l’intime et le collectif (le groupe), entre l’égoïsme et la solidarité. Le pouvoir véritable est désormais détenu par un faisceau de groupes économiques planétaires et d’entreprises globales dont le poids dans les affaires du monde apparaît parfois plus important que celui des gouvernements et des Etats. Ils ont une logique : le marché. Ils ont une idéologie : le néolibéralisme. Ce sont eux qui inspirent les politiques du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC. C’est dans ce contexte que s’est produite une métamorphose décisive dans le champ particulier des médias de masse. Les moyens de communication de masse (radios, presse écrite, télévision, Internet) se regroupent au sein d’architectures foisonnantes pour constituer des groupes médiatiques à vocation mondiale. Pour la France : Bouygues, RTL Group, Vivendi, Lagardère, Bolloré (voir fichier Bolloré)… La révolution numérique a brisé les frontières qui séparaient auparavant les trois formes traditionnelles de la communication : son, écrit, image, avec l’essor de l’Internet et de la téléphonie. Ces groupes rassemblent tous les supports médiatiques mais également des activités autrefois distinctes : - la culture de masse (créations populaires, jeux, objectifs mercantiles) - La communication (publicité, marketing, sondages) - L’information (agences de presse, journaux, bulletins radio et télévisé, chaînes d’infos en continu), univers logiquement réservé aux journalistes. Tout cela est si imbriqué que la distinction devient très difficile entre ces activités. Ainsi, les fournisseurs d’accès Internet, Yahoo et Orange, sont aussi des moteurs de recherche, des sources d’informations sur l’actualité, des fournisseurs de jeux en ligne etc… Ces grands groupes ont désormais deux caractéristiques nouvelles : 1) Ils s’occupent de toutes les activités à la fois et utilisent tous les supports de diffusion. 2) Ils sont mondiaux. Se souvenir que « Citizen Kane », le magnat de la presse William Hearst, ne possédait que quelques journaux dans un seul pays. (film d’Orson Wells 1940). Par leur poids économique et par leur pouvoir d’influence, ils deviennent les acteurs centraux de la mondialisation libérale. Préoccupés par la poursuite de leur gigantisme, Ils font pression sur les gouvernements pour briser les lois limitant les concentrations. Amenés à courtiser le pouvoir politique, ils n’ont plus l’objectif de s’ériger en « quatrième pouvoir » et encore moins d’agir comme un contre-pouvoir. Mais dans les pays en voie de développement, (comme en Amérique du sud), en cas d’élection d’un gouvernement progressiste, ils peuvent déclencher une véritable guerre médiatique et prennent le parti de l’oligarchie évincée (ex : Vénézuéla et Bolivie). Dans les pays avancés, ils ne s’opposeront pas à l’idée d’alternance, mais favoriseront par mille moyens l’expression d’opposants qui ne contestent pas le principe de l’économie libérale, au détriment de ceux qui remettent en question la loi du marché tout puissant et celle du libre échange. ces groupes ne sont pas des groupes multimédias exclusif (comme Murdoch, Bertelsmann ou Berlusconi), mais sont adossés à des groupes industriels puissants et qui partagent entre eux, sans problèmes, le capital de leur branche média ( Bouygues, Lagardère, Arnault, Vivendi). L’autre caractéristique c’est le fait que les grands groupes étrangers se tiennent à distance du débat politique et laissent les groupes français se partager la presse quotidienne et les magazines politiques. La liberté des médias n’est que l’extension de la liberté collective d’expression, fondement de la démocratie. En tant que telle, elle ne peut être confisquée par un groupe de puissants. Elle implique de surcroît une « responsabilité sociale », et par conséquent, son exercice doit demeurer, en dernière instance, sous le contrôle responsable de la société. Les médias sont aujourd’hui le seul pouvoir sans contre-pouvoir, et cela crée un déséquilibre dommageable pour la démocratie. Le rôle des médias Le rôle des médias, leur pouvoir d’influence sur l’opinion et sur les hommes politiques, le problème de leur contrôle, sont sans doute le premier enjeu pour notre démocratie. La concentration de l’industrie des médias entre quelques groupes multimédias a atteint un degré jamais vu à ce jour. Le contexte européen, avec les directives libérales, n’est pas étranger à cette évolution. De plus, ces groupes qui souvent se partagent un secteur à deux ou trois, loin de se concurrencer, préfèrent s’allier (exemples de la téléphonie mobile, des chaînes satellites, de la production d’images etc…). L’énergie vitale qui irrigue cette industrie, c’est essentiellement la publicité. Et quand les annonceurs, qui payent, appartiennent au groupe qui possède le média, (c’est le cas pour les produits de luxe des groupes Arnault et Pinault), on peut dire que c’est le consommateur de ces produits qui finance sa propre dépendance. L’univers médiatique est immense et foisonnant. Les éléments de dossier qui suivent, ne font pas le tour de la question. Des secteurs très importants comme les chaînes de télévision par satellite, la téléphonie mobile et Internet, ne sont pas développés. Internet est d’ailleurs l’enjeu majeur pour l’expansion du marché publicitaire et donc pour la marchandisation totale de ce média encore un peu préservé. L’idée, c’est de mettre un éclairage sur les pouvoirs qui s’affrontent, les moyens mis en œuvre et les valeurs menacées. QUELQUES QUESTIONS QUI SE POSENT Le rapport des médias au citoyen. - Ou en est le droit à l’information. - L’expression du pluralisme politique et philosophique au sens large. - Le pouvoir médiatique a-t-il changé de nature (autrefois contre-pouvoir). - Le double poids de l’Industrie et de la Finance sur les médias, par l’intermédiaire des actionnaires principaux et des annonceurs (le journalisme économique). L’aspect économique du pouvoir médiatique. - Le rôle moteur de la publicité. - les groupes multimédias purs sont moins puissants que les groupes industriels qui utilisent leur branche média pour « booster » leurs autres activités et disposer d’un pouvoir d’influence. - La non concurrence de ces groupes entre eux, qui préfèrent s’allier aux dépens des usagers. Le rapport à la politique. - La collusion avec les hommes politiques : Les va et vient entre les cabinets ministériels et les grands groupes semblent être devenus la règle et non pas l’exception. - Le rapport aux intellectuels. - La collaboration voire la trahison des élites éduquées qui ont accepté l’idée de la globalisation heureuse qui profiterait à tous, sans voir que cette concentration de plus en plus homogène et monolithique dans les médias signait un recul de la démocratie. - REGLEMENTATION DES MEDIAS EN FRANCE Déclaration des droits de l’Homme : le 27 juin 1789 l’Assemblée Nationale décide de faire précéder la future Constitution d’une déclaration des droits. Le 24 août 1789 article11 « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme. Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». (base du pluralisme à la française). La loi de 1881 sur la liberté de la presse. La censure en 1914 (1916 naissance du Canard enchaîné en réaction). Elle est à l’origine de l’expression « bourrage de crâne ». L’occupation renforce la méfiance : le tirage des journaux s’effondre. Ordonnance du 26/08/44 : Le propriétaire ou le Président du conseil d’administration est le directeur de la publication. Il en est le responsable sur le plan pénal. 1946 : Principe du « 1 homme 1 journal ». 1947 : Principe de la distribution des journaux égale pour tous. Années 70 : concentration de la presse : le cas Robert Hersant. Dans les années 70/80, le prix des journaux augmente (x4 entre 70 et 84). A partir de 1980, début de la baisse des tirages. Loi du 23/10/84 : Loi anti-concentration basée sur la diffusion (limite des15% de la diffusion des journaux de même type au plan national ou régional). Loi du 01/08/86 (Chirac) : ce pourcentage est remonté à 30%. Loi du 30/09/86 modifiée le 13/08/2000 sur la liberté de communication. Les sociétés nationales de programmes « assurent l’honnêteté, l’indépendance et le pluralisme de l’information ainsi que l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion dans le respect du principe d’égalité du traitement et des recommandations du CSA ». La règle des 3 tiers du CSA est au départ une directive de l’ORTF en 1969 :1/3 de temps d’antenne pour le gouvernement, 1/3 pour la majorité parlementaire, 1/3 pour l’opposition parlementaire. Le Président n’est pas concerné.En 2000, est ajouté une exigence de « représentation équitable » pour les groupes qui ne sont pas représentés au Parlement. En 2008, un groupe ne peut détenir dans une chaîne hertzienne plus de 49% de son capital. Ainsi Vivendi possède 49% de sa filiale qui contrôle la chaîne Canal+ et Bouygues 43% de TF1. Mais si la chaîne réalise moins de 2,5% de part d’audience, le groupe peut détenir plus de 49%.Un amendement adopté par le gouvernement pour le projet de loi de modernisation de l’économie propose de porter à 8% la part d’audience. Cela permet à M6 de garder la chaîne W9 à 100%, à Bolloré de garder Direct 8 à 100%. LE CONTROLE DE L’OPINION POLITIQUE DANS LA PRESSE ECRITE Depuis la chute de l’URSS en 1991, le débat d’idées dans les médias n’est plus de nature politique. Ce qui est recherché, c’est le consentement de l’opinion au système économique en vigueur (le libéralisme mondialisé). L’expression des forces politiques et sociales est donc plus ou moins facilitée, selon qu’elles remettent ou non en cause ce système. Les multinationales, qui ont le pouvoir réel, contrôlent les médias. Ceux-ci œuvrent jour après jour à créer les « illusions nécessaires » préalables à ce consentement. En 2008, en France, on peut dire que le pluralisme politique dans les médias est gravement mis en cause. La concentration capitalistique de la presse française est telle, que l’essentiel du pouvoir d’influence est détenu par une demi douzaine de groupes nationaux. QUI PAYE COMMANDE La presse, c’est principalement : 4 quotidiens gratuits, 9 quotidiens nationaux, 27 magazines et 36 quotidiens régionaux (sans compter une myriade de petites publications locales également détenues par les mêmes groupes). Voir en annexe « qui possède la Presse ». L’immense majorité de ces journaux appartient à une dizaine de grands groupes. Soit des groupes industriels qui ont investi dans la communication, soit des groupes de presse, authentiques, mais qui partagent leur pouvoir avec ces mêmes industriels par le biais de la participation au capital de ces derniers. Aux postes clés, sont nommés des directeurs et des journalistes expérimentés qui sauront trier et sélectionner les infos et donner les points de vue raisonnables. QUELQUES EXCEPTIONS : Croix », propriété à 100% des assomptionnistes, «L’ Humanité » propriété à 70% de ses lecteurs, de son personnel et de membres du Parti,( mais quand même 20% pour : Hachette, TF1et Caisse d’Epargne), « Ouest -France » détenu à près de 100% par une association humaniste d’obédience catholique (Jacques Duquesne , Président) , le groupe « Sud Ouest » qui appartient à une famille bordelaise, et «Le Nouvel Observateur » propriété de Claude Perdriel heureux fabricant des sanibroyeurs SFA. On a, à peu près, fait le tour des journaux dont le capital est homogène depuis longtemps. La privatisation progressive des nouveaux médias dans les années 80, se fait dans un vide législatif qui favorise la concentration dans de grands groupes multimédias. LA PRESSE ECRITE RESTE UN MEDIA MAJEUR Malgré la concurrence des autres médias, son pouvoir d’influence reste grand : - Les articles de presse servent de matière première aux journalistes des radios et télés pour préparer leur propre journal, puisqu’ils n’investiguent pas eux-mêmes. - Des émissions radio sont coproduites avec des journaux. - Les sites Internet s’en nourrissent également beaucoup. - La Presse quotidienne régionale (PQR) se porte encore bien et joue un rôle important dans les périodes d’élections locales. Elle sert également de support et de porte voix aux chroniqueurs nationaux qui apportent la bonne parole dans les régions. - C’est elle qui commande le plus de sondages politiques ou sociétaux. Ceux-ci sont repris dans les autres médias et permettent au journal concerné d’être cité régulièrement. Elle joue ainsi un rôle majeur dans la fabrique du consentement. - Les revues de presse tiennent une place importante dans les radios. Elles permettent de faire passer des commentaires orientés sans trop impliquer le journaliste qui les reprend. Elles servent aussi à mettre en scène une info ou à lui donner plus de force. La revue de presse est un art délicat que l’on ne confie pas à n’importe qui. Certains se souviennent peut-être de l’expérience, tenté par France Inter pendant quelques semaines, et qui n’a jamais été renouvelée. Il s’agissait de confier à l’invité politique de la matinale le soin de confectionner sa propre revue de presse à partir des journaux utilisés habituellement par le journaliste. Celle de Marie Georges Buffet, à connotation très sociale, était tellement décapante qu’on fut en droit de s’interroger sur le degré de sincérité de cet exercice les autres jours. LE JOURNALISME ECONOMIQUE ET SON SUPPORT MEDIATIQUE A part 3 exceptions marginales : l’Humanité, le Monde diplomatique et Politis, les autres journaux montrent une forte homogénéité idéologique. Le plus souvent, le journaliste économique vient de la presse écrite. Il peut disposer d’une chronique complémentaire à la radio ou à la télé. Sa position dominante sera proportionnelle à l’étendue de l’audience ou à l’autorité du média sur lequel il s’exprime. En conjuguant un ou deux de ces critères, on trouve aux premiers plans: - Les télés radios : TF1, France2, France Inter, Europe1, RTL, France Info. - La presse générale : Le Monde, Libération, Le Figaro, Le Nouvel Observateur, l’Express. - La presse économique : Les Echos, La Tribune, l’Expansion. Ces médias engagent une vision du monde particulière dont les éléments sont les suivants : - l’économie peut-être isolée de l’ensemble des activités humaines et donc traitée à part. - L’économie est séparée du social. Contrairement à aujourd’hui, le journal Le Monde des années 70 avait une seule rubrique « économique et sociale ». De même, on a séparé « l’immobilier » à connotation économique, du « logement » à connotation politique et sociale. - Le journaliste économique, aujourd’hui fournit des informations aux agents économiques ou des conseils aux simples consommateurs, mais n’explique plus les rouages de l’économie et les rapports de force qui la sous-tendent. - Le point de vue est réducteur : les enjeux de santé ou d’éducation sont réduits à des considérations de coût. EFFETS DE LA RESTRUCTURATION DE LA PRESSE ECRITE. Elle a limité le poids des groupes dont la presse est le seul métier. D’où des conflits d’intérêt à plusieurs niveaux : 1) Le plus souvent ce sont des groupes capitalistes dont les autres activités principales peuvent entrer en contradiction avec les infos économiques à traiter. 2) Il y a conflit potentiel avec les annonceurs du journal qui sont des groupes de même types (ex : industries du luxe…) 3) Les sources des journalistes sont le plus souvent les dirigeants de toutes ces entreprises. 4) Mais le conflit potentiel peut être plus large, quand il s’agit par exemple de juger du bien fondé des privatisations quand on parle sur une chaîne privée. 5) Enfin, il y a le poids du lectorat qui, en majorité, vient chercher des informations sur l’économie et n’est pas prêt pour des remises en question profondes. LA TELEVISION PRIVEE La télé privée est aux mains de trois groupes industriels multinationaux (Bouygues, Lagardère et Vivendi) et d’un grand groupe de la communication, Bertelsmann. Ils sont présents dans les autres médias : presse écrite, radios, cinéma, musique. A l’affrontement, ces groupes préfèrent des stratégies d’alliance. Les concurrents deviennent partenaires et se ménagent entre eux. L’ampleur de cette concentration et de ces alliances met en cause l’indépendance des hommes politiques vis à vis des médias, le pluralisme et la qualité de l’information. Elle rend nécessaire l’adoption d’une loi limitant réellement cette concentration. La présentation qui suit date de 2004 (Observatoire français des médias), et bien sûr la répartition du capital a pu se modifier. Mais la tendance à la concentration et aux ententes reste la même. 

 Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard

 

La grâce présidentielle, un privilège régalien «rarement appliqué»

coj

Depuis 2008, les grâces collectives n'ont plus cours. Seules les mesures à titre individuel sont examinées mais peu sont accordées, d'après les spécialistes.

Le président François Hollande recevra la famille de Jacqueline Sauvage ce vendredi. En décembre dernier, cette femme âgée de 66 ans a été condamnée en appel à 10 ans de prison pour avoir tué son mari violent. Tour à tour, associations, artistes, parlementaires et citoyens anonymes se sont mobilisés pour demander la grâce présidentielle. A quelques jours de Noël, les filles de Jacqueline Sauvage en ont fait de même. Retour sur cette prérogative qui donne le pouvoir au président de réduire, voire de supprimer une peine.

• Pourquoi demander une grâce présidentielle ?

C'est le recours de la dernière chance. La grâce présidentielle est demandée lorsque tous les recours judiciaires ont été épuisés. Elle permet la réduction d'une peine, voire sa suppression. En revanche, contrairement à l'amnistie, qui est une sorte de «droit à l'oubli», la grâce ne fait pas disparaître la condamnation du casier judiciaire. Par ailleurs, les droits des victimes restent inchangés.

• Quelles sont les conditions à remplir ?

«Il n'y a pas de critères particuliers à remplir», explique Céline Parisot, secrétaire générale de l'Union syndicale des magistrats (USM). «Quelle que soit la peine, un condamné peut en faire la demande.» En revanche, la peine doit être exécutoire et définitive. Ainsi, les personnes qui sont sous mandat de dépôt, en appel ou en cassation ne peuvent pas bénéficier d'une grâce. Il peut s'agir d'une peine d'emprisonnement, patrimoniale (amende) ou particulière (travail d'intérêt général). En aucun cas, la grâce présidentielle ne peut concerner le retrait total ou partiel de points du permis de conduire puisqu'il s'agit d'une sanction administrative et non d'une peine, rappelle le site Service Public.

• Comment ça marche ?

Le recours en grâce doit être adressé au président de la République, seul à pouvoir l'accorder. Cette prérogative est d'ailleurs inscrite à l'article 17 de la Constitution française de 1958: «Le président de la République a le droit de faire grâce à titre individuel.» La demande peut être formulée par le condamné lui-même, son avocat, ses proches, une association ou encore par le Parquet. Ensuite, le recours est transmis à la direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) du ministère de la Justice qui instruit le dossier en exposant les arguments pour et contre la remise de grâce. Puis un projet de décret est envoyé à la présidence de la République, qui peut ne pas y donner suite. Ce droit n'est soumis à aucun délai de réponse et le chef de l'Etat n'a pas à motiver sa décision. Si la grâce est accordée, le décret, contresigné par le premier ministre et le garde des Sceaux, ne paraît pas au Journal officiel mais est notifié directement aux condamnés.

• D'où vient la grâce présidentielle ?

Il s'agit d'une tradition ancienne, héritée de la monarchie. À l'origine individuelle, la grâce est devenue collective dans le courant des années 1980, sous la présidence de François Mitterrand. Dès 1991, le président octroyait systématiquement des remises de peine collective, à l'occasion du 14 juillet. Durant toutes ces années, ce type de grâce a concerné en moyenne 3000 à 4000 détenus par an. «Cette politique pénitentiaire visait à vider les prisons», commente Pascal Jan, professeur de droit constitutionnel à Sciences Po Bordeaux. Etaient exclues certaines infractions comme le terrorisme, les crimes contre l'humanité, contre les mineurs, les délits financiers ou les actes de racisme, rappelait le Sénat en 2007. Les années passant, cette liste s'est allongée jusqu'à ce que Nicolas Sarkozy y mette un terme. Depuis la réforme constitutionnelle de 2008, la grâce est désormais individuelle. Les dernières grâces collectives remontent à la présidence de Jacques Chirac.

• Est-elle souvent accordée ?

La grâce individuelle reste aujourd'hui «une mesure très rare», précise Pascal Jan. Sous Nicolas Sarkozy, aucun détenu n'a été gracié durant les deux premières années de son mandat. En 2009, l'ancien de chef de l'Etat a toutefois accordé des remises de peine à une trentaine de détenus, particulièrement méritants. Parmi eux, figurait l'ancien préfet Jean-Charles Marchiani. Sous François Hollande, Philippe El Shennawy, condamné pour plusieurs braquages et évasions, a bénéficié en 2014 d'une grâce présidentielle partielle. «Mais il est possible qu'il y en ait eu d'autres», estime Céline Parisot de l'Union syndicale des magistrats. «Toutes les grâces présidentielles ne sont pas forcément médiatisées.»

• Qui en a bénéficié ?

Parmi les personnes graciées à titre individuel, on retiendra le cas de Paul Touvier, ancien chef de la milice lyonnaise sous l'occupation. Après la Seconde Guerre mondiale, il avait été condamné à mort. Fugitif, il avait été gracié en 1971 par Georges Pompidou. Une décision qui avait fait polémique à l'époque. Sa très longue cavale s'achèvera en 1989. Il sera condamné pour crime contre l'humanité en 1994. La même année, Omar Raddad est condamné à 18 ans de prison pour le meurtre de Ghislaine Marchal, qui l'employait en tant que jardinier. Le président Jacques Chirac lui accordera une grâce partielle qui lui permettra de sortir de prison en 1998.

Un autre cas datant de 1996 fait aujourd'hui écho à l'affaire Jacqueline Sauvage. Véronique Akobé, employée de maison ivoirienne, avait été condamnée, en 1990, à 20 ans de prison parce qu'elle avait grièvement blessé son patron et tué le fils de celui-ci. Aux enquêteurs et devant la cour d'assises, elle avait longuement raconté les sévices sexuels que lui avaient fait subir, selon elle, les deux hommes. En 1995, une campagne de mobilisation s'est mise en marche pour réclamer sa grâce. Accordée par Jacques Chirac un an plus tard.

• Jacqueline Sauvage peut-elle être graciée par François Hollande ?

Le juriste Pascal Jan voit mal le président François Hollande gracier Jacqueline Sauvage. «Même s'il peut y avoir un intérêt politique à le faire, des jurés se sont prononcés, à deux reprises, en faveur de sa condamnation», rappelle-t-il.

• Quel avenir pour la grâce présidentielle ?

«Il y a une volonté de rompre avec une pratique très ancienne et relevant du fait du prince», explique Pascal Jan, professeur de droit constitutionnel. «Il y a plus un respect des procédures et des décisions qui sont rendues par la justice. Ce qui est plutôt sain, selon moi.» Peu utilisée, la grâce présidentielle devrait-elle disparaître de la Constitution? «Non», répond encore Pascal Jan. «Je pense qu'il faut pouvoir laisser cette possibilité au président. On n'est pas à l'abri d'un cas extrême, comme une énorme erreur judiciaire».

 

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard