Les médias font-ils l'élection ?

Depuis plus de 40 ans, la question fait débat. Hommes politiques et journalistes s’en saisissent, de préférence lorsque le résultat du scrutin dément les prévisions.  Des tout premiers chercheurs à étudier l’influence des médias, et singulièrement de la télévision, sur le comportement du corps électoral. Nous lui avons demandé de mettre en perspective une interrogation qui, au fil du temps, a nourri la controverse.

La question ressurgit périodiquement. Elle s’est posée de manière souvent virulente lors de la dernière présidentielle. Pourtant le débat ne date par d’hier…

Le débat de fond est aussi ancien que le gouvernement d’opinion ; il est même antérieur à l’avènement de la démocratie. Il existait déjà au temps de la monarchie constitutionnelle avec un électorat restreint. Il est sous-jacent à toutes les controverses sur la liberté de la presse : si la droite ultra était, sous la Restauration, tellement réservée à l’égard du principe de la liberté de la presse, à l’exception peut-être de Chateaubriand, c’est parce qu’elle craignait que la presse ne « fasse les élections ». Ainsi s’explique l’articulation entre régime électoral et statut de la presse. Les adversaires de la liberté de celle-ci, politiques ou religieux, les autorités sociales, les institutions d’Église, les forces conservatrices, ne croient pas que l’individu soit par lui-même capable de se faire une opinion raisonnable. Ce point est d’une grande importance. Tous ceux qui croient que les médias font l’élection estiment que l’électeur n’a pas de possibilité de se défendre contre la manipulation ou l’endoctrinement. On touche ici à un problème de philosophie politique : la démocratie est-elle une utopie ? Professer que les médias font l’opinion, c’est nier la capacité de jugement de l’électeur et douter de la démocratie. Force est de constater que cette conviction est partagée par la quasi-totalité des hommes politiques, qu’ils soient de droite ou de gauche : même ceux qui se croient sincèrement démocrates se comportent comme s’ils partageaient la conviction que le pouvoir politique dispose des médias, conditionne l’opinion et fabrique les élections.

Néanmoins, la puissance supposée de la télévision n’a-t-elle pas donné un nouveau tour à la controverse ?

En effet, le débat a rebondi au début des années 1960, du fait de la concomitance entre l’instauration d’un nouveau régime politique, la Ve République, au caractère personnel particulièrement affirmé, et les débuts de la télévision, qui est alors toute neuve. Elle était déjà intervenue en novembre 1958 pour les premières élections, mais plus pour le commentaire des résultats que dans la campagne ; il n’y avait encore qu’à peine un petit million de récepteurs pour un corps électoral de 24 millions : c’était donc peu de chose. À l’automne 1962, il en va différemment. Il faut rappeler ce qu’est le statut de la télévision, mais aussi de la radio, à l’époque : un monopole d’État. C’est dire que le corps électoral dans son ensemble était soumis à la télévision sans aucune contrepartie. Que les médias audiovisuels fussent ainsi entre les mains du pouvoir ne posait guère de problème de conscience au général de Gaulle à qui l’on prêtait ce raisonnement : la presse lui étant dans l’ensemble hostile, l’équilibre était rétabli par le contrôle de la télévision.

La controverse a connu son paroxysme avec la crise constitutionnelle ouverte à l’automne 1962 par la décision du général de Gaulle de modifier la constitution pour faire élire le président de la République au suffrage universel. Son initiative rencontre l’opposition de toutes les forces politiques, le parti gaulliste - l’UNR - excepté. Le président du Sénat parle de forfaiture, la plupart des juristes estime que la procédure choisie par le chef de l’État est en contradiction avec les articles 11 et 89 de la Constitution. L’Assemblée nationale – fait unique jusqu’à ce jour dans l’histoire du régime - vote la censure par 280 voix sur 479, soit approximativement 60 %. Aux yeux des politiques, ce scrutin préfigurait le résultat du référendum : ils n’imaginent pas qu’il puisse y avoir discordance entre la position des représentants du peuple élus quatre ans plus tôt et le choix des électeurs. De fait, le risque pris par le général de Gaulle est grand et les gaullistes ne sont pas les derniers à s’inquiéter. Or, le référendum du 28 octobre 1962 approuve le projet de révision par 62 % des suffrages exprimés : le rapport est inversé et la discordance éclatante. Pour la plupart des politiques, l’explication est toute trouvée : le débat a été faussé par la télévision ; c’est elle qui a assuré le succès du général de Gaulle et entraîné la défaite des partis politiques. Cette conviction s’exprime dans les commentaires : Jean-Jacques Servan-Schreiber, dans L’Express, va jusqu’à parler de « télécratie » : la démocratie est vaincue par la télévision. Et Georges Vedel, d’ordinaire plus prudent, apporte à cette thèse la caution de son autorité scientifique, en affirmant que la télévision est responsable du résultat et a dénaturé l’expression libre de l’opinion. Cette conviction trouve de larges échos à l’étranger. Quand Hubert Beuve-Méry, directeur du Monde, va faire une conférence à Londres, au déjeuner donné en son honneur par l’Ambassadeur de France, un confrère britannique lui demande quel est le nom du censeur attaché à son journal ! Moi-même, je me rappelle que, donnant une conférence en 1964 sur la Ve République à l’Institut français de Naples, un des universitaires présents, spécialiste de science politique, intervint pour affirmer que les Italiens ont connu ce type de régime avec le fascisme : j’ai eu de grandes difficultés à lui faire comprendre que les deux situations n’étaient pas tout à fait comparables.

En cherchant à comprendre le résultat de 1962, vous avez été amené à vous interroger sur le rapport entre télévision et élection…

Effectivement le caractère péremptoire de ces affirmations m’avait choqué : sans nier pour autant que la télévision ait pu jouer un rôle, je trouvais qu’on sautait un peu vite aux conclusions en l’absence de certitudes scientifiques. Ces propos troublaient le citoyen autant que l’intellectuel : s’il suffisait que le pouvoir contrôle la télévision pour qu’elle lui renvoie le reflet de ce qu’il dit, n’était-ce pas à désespérer de la démocratie dans un pays comme le nôtre ? J’ai donc eu envie d’aller au fond des choses. J’animais alors un séminaire à la Fondation nationale des Sciences politiques dans le cadre du Cycle supérieur de science politique. Cette année-là, notre recherche collective portait sur la dépolitisation. L’idée était alors généralement admise que la France était dépolitisée : aujourd’hui, quand on revoit ce qu’étaient les taux de participation aux élections et qu’on évoque l’intensité des débats politiques, que certains observateurs aient pu sérieusement croire à la dépolitisation du corps électoral, on croit rêver ! Nous avons donc tenté de vérifier le plus scientifiquement possible s’il y avait bien une corrélation entre l’influence de la télévision et le résultat des élections. Pour les premiers, on disposait de chiffres précis, à l’unité près, qui permettaient de connaître la distribution géographique des Oui et des Non, et donc d’établir à la surface du territoire une échelle hiérarchique allant du Oui franc et massif au Non critique et réservé. Pour la télévision, la répartition des récepteurs n’était pas uniforme, car le réseau ne couvrait pas encore toute la France : grâce au Service de la redevance, on pouvait connaître très précisément la répartition géographique. La corrélation était d’autant plus facile qu’il n’y avait qu’une seule chaîne : le zapping n’existait pas encore. Il suffisait donc de rapprocher les deux cartes pour calculer le rapport entre les suffrages et les récepteurs, et conclure, avec une certitude quasiment scientifique, à l’existence ou non d’une corrélation entre l’impact de la télévision et le résultat des élections. La constatation s’imposa qu’il n’y avait pas de corrélation et même qu’il y avait plutôt distorsion, comme si l’utilisation par les pouvoirs publics du média avait parfois suscité une réaction de rejet. L’explication du succès du général de Gaulle devait donc être cherchée ailleurs : elle était proprement politique, en rapport avec la personnalité du chef de l’État, la conjoncture intérieure, la situation internationale. L’électeur n’était donc pas incapable d’exercer son jugement et de se faire une opinion personnelle.

Le débat n’est-il pas alimenté, depuis longtemps, par les hommes politiques eux-mêmes ?

Assurément, et à droite comme à gauche. Le débat sur le rôle de la télévision a eu une part dans la disgrâce de Jacques Chaban-Delmas en 1972. La majorité UDR, élue en juin 1968, traumatisée par les événements du printemps, était convaincue de la nécessité de contrôler la télévision. Or, Jacques Chaban-Delmas, qui était persuadé de la nécessité de rétablir un minimum de dialogue, avait créé à la télévision une seconde unité d’information dont il avait confié la direction à Pierre Desgraupes. Sa majorité imputait à cette initiative la responsabilité de ses échecs électoraux. Aussi était-elle décidée, à l’approche du renouvellement à l’Assemblée prévue pour 1973, à mettre un terme à cette politique qui lui paraissait grosse de dangers. J’appartenais alors au Conseil d’administration de l’ORTF et j’ai été le témoin de la campagne qui visait à affaiblir le Premier ministre et à entraîner son départ. Mais la gauche n’a pas une perception très différente. Je me rappelle ainsi une soirée d’élections, cantonales ou municipales en 1983 ou 1984, sur le plateau d’Antenne 2 : la gauche essuyait un échec assez sensible, et je revois ce ministre du gouvernement Mauroy reprochant aux journalistes d’avoir fait trop de place au conflit social des usines Citroën : c’était l’explication de la défaite de la gauche. Plus près de nous, en 2002, on se rappelle l’inclination d’une partie de la gauche à expliquer la défaite de Lionel Jospin par l’écho donné à la télévision aux problèmes de sécurité.

Les hommes politiques partagent presque tous la conviction que leur succès ou leur échec dépend du temps qui leur est accordé sur le petit écran : d’où la vigilance soupçonneuse sur le respect des temps de parole et la minutie apportée à la comptabilisation.

Est-ce à dire que les médias n’exercent aucune influence sur le vote et les résultats des élections ?

Il serait naïf de le penser. D’abord les médias apportent à l’électeur des éléments d’information, lui fournissent des arguments qui peuvent infléchir sa décision. Les travaux des chercheurs américains, qui se sont intéressés à cette question dès les années 1950, montrent qu’aux États-Unis les médias pèsent sur le choix de ceux qui balancent entre le parti démocrate et le parti républicain. Mais, sans être négligeable, cet effet n’est pas déterminant et ne concerne jamais que 6 à 7 % du corps électoral. À mon sens, l’influence de la télévision existe, mais elle s’exerce plutôt de façon indirecte. Elle joue davantage sur les personnes que sur les programmes, car la télévision est un excellent révélateur des personnalités : elle réalise sur une large échelle ce qui était possible jadis lorsque les électeurs se déplaçaient pour voir et entendre les candidats dans les campagnes électorales ; avec la télévision, c’est le candidat qui vient à domicile et pénètre chez l’électeur. Or, il est difficile, pour ne pas dire impossible, à un homme politique de maintenir longtemps la crédibilité d’un personnage emprunté : la vraie personnalité se trahit vite. On se rappelle, par exemple, lors d’un face à face télévisuel en 1985, l’apostrophe de Laurent Fabius à Jacques Chirac lui signifiant qu’il parlait au « Premier ministre de la France » : sa morgue éclatait soudain aux yeux de tous.

Les médias, et singulièrement la télévision, auraient-ils un rôle totalement négligeable en matière politique ?

Les médias jouent un rôle par la sélection même de l’information, l’importance qu’ils décident d’accorder ou de refuser à tel événement : ce dont ils ne parlent pas n’existe pas. Il leur est possible en quelque sorte de refuser l’existence à un homme, un parti, une institution, ou un événement ; or, l’électeur n’entre en rapport avec la politique que par leur intermédiaire et en particulier par le truchement de la télévision. Deux exemples à cet égard : celui, d’abord, de l’Europe et de ses institutions. Si les électeurs français ne s’y intéressent pas davantage et en particulier ne perçoivent pas l’importance du Parlement de Strasbourg, c’est peut-être parce que les médias ne leur en parlent jamais. Aucun d’entre eux n’entretient auprès du Parlement de correspondants permanents. On ne rend jamais compte de ses sessions et de leur objet : seul Le Monde assure depuis peu une présence constante à Bruxelles avec Thomas Ferenczi. On n’en parle qu’à l’approche du renouvellement de l’Assemblée ; le scrutin passé, le silence retombe pour cinq années. Quant aux travaux de la Commission de Bruxelles, nos médias ne les évoquent généralement qu’à propos des décisions qui contreviennent aux intérêts français.

Le second exemple est plus personnel, et c’est la raison pour laquelle j’hésite davantage à le mentionner. J’ai fait partie de la Commission indépendante de réflexion sur l’application du principe de laïcité présidée par Bernard Stasi. À ce titre, j’ai été témoin et victime avec mes confrères d’une désinformation quasiment systématique : nous n’avons jamais réussi à obtenir des médias qu’ils considèrent et expliquent que le problème de l’intégration ne se réduisait pas à celui du port du voile pour les adolescentes dans les collèges et les lycées : impossible de faire qu’ils parlent de tout le reste qui était infiniment plus important. L’effet de ce comportement réducteur s’est fait sentir et dans l’opinion et dans les décisions politiques : si les médias avaient traité la question dans son ensemble, les politiques n’auraient pas entretenu l’illusion qu’en adoptant les quatre articles d’une loi interdisant le port du voile, le problème de l’intégration allait être résolu. Cet exemple illustre le pouvoir négatif dont disposent les médias. À l’inverse, ils peuvent attirer l’attention sur un problème et contribuer à l’éducation de l’électeur. Ils ont donc bien une influence, mais générale et diffuse, qui ne se fait pas sentir directement, dans le résultat d’une consultation électorale, mais qui s’exerce sur une relation entre l’électeur et la politique en général.

Les médias, selon vous, ne remplissent pas entièrement leur mission ?

Je me garderai de faire leur procès, je les ai pratiqués et, à collaborer avec les journalistes, j’ai conçu de l’estime pour la plupart. J’ai même établi avec nombre d’entre eux des relations de confiance et d’amitié. J’ai cependant aujourd’hui le sentiment d’une certaine dégradation, d’un manque de qualification professionnelle qui se manifeste notamment dans la course au scoop, le fait de négliger la vérification, l’attention excessive accordée à l’anecdotique, au superficiel.

Le traitement de l’information est-il sans conséquence sur la perception du politique ?

Je ne le crois pas : je pense même que le malentendu actuel entre les électeurs et la politique, plus grave et plus préoccupant qu’autrefois, est dû, dans une large mesure, à ce que la vie politique est aujourd’hui plus médiatisée. Jadis, c’est-à-dire avant l’irruption de la télévision et même aux premiers temps de l’histoire de celle-ci, la vie politique n’occupait que peu de place dans l’information : la radio n’en parlait guère ; tous ne lisaient pas les journaux. La télévision, elle, parle politique, et elle a raison. La politique entre chaque jour dans les foyers avec le journal télévisé. Elle rend compte des congrès des partis politiques ; elle fait écho à leurs conflits internes et, par la force des choses — et aussi du fait de la nature propre du média —, ce que la télévision présente n’est pas toujours à l’avantage ni à l’honneur de la politique. Par exemple, l’Assemblée nationale n’est généralement montrée qu’en deux ou trois circonstances qui ne sont pas représentatives : les séances de questions et de réponses, ou les empoignades, à moins qu’on ne découvre un hémicycle à peu près désert. Mais rien, jamais, de tout le travail parlementaire, du temps consacré par chaque député à l’étude des problèmes, le travail en commissions. Il est vrai que tout cela ne se prête guère à la visualisation et que la télévision doit privilégier l’image : or, la politique relève de l’immatériel et de l’invisible.

Pour revenir à la question de départ, les médias ne font pas l’élection, mais ils contribuent grandement à façonner la vie politique et concourent à la formation des électeurs. Leur action sur les élections n’est pas nulle, mais elle s’exerce de façon diffuse et dans le long terme.

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

Loi Avia : La fin de la liberté d’expression en France ?

Loi Avia : La fin de la liberté d’expression en France ? (étude)

 

Dans un tel contexte de crise sanitaire et économique, l’adoption de la loi Avia par l’Assemblée nationale a créé de vives polémiques en France. Pour de nombreux citoyens, cette décision traduit la « fin de la liberté d’expression » dans le pays.

La France traverse sans aucun doute l’une des plus graves crises sanitaires de son histoire. Le nombre de décès liés au coronavirus dans le pays a dépassé les 28.000 alors que le pays a connu un arrêt brutal de son activité économique, ce qui a provoqué une chute spectaculaire de son PIB au premier trimestre (5,8%), une augmentation considérable (7,1%) des chômeurs en seulement un mois ou encore l'écroulement du marché automobile français de 88,8% en avril.

 

Malgré ce bilan sombre dans le pays, ce qui nécessite un plan d’urgence sanitaire et économique irréprochable de la part du gouvernement, une décision inattendue a davantage assombri le tableau qui se dresse devant les citoyens français : L’Assemblée nationale a adopté le 13 mai la très controversée proposition de loi Avia qui avait été déposée le 20 mars par la députée Laetitia Avia afin de « lutter contre les contenus haineux sur internet ».

Or cette décision est loin de satisfaire l’ensemble de la population française.Elle suscite d'importantes réserves chez les partis d'opposition et les défenseurs des libertés numériques. C'est ainsi que le 18 mai, les sénateurs Les Républicains, emmenés par Bruno Retailleau, ont déposé un recours au Conseil constitutionnel contre la proposition de loi de la Avia.

Une série de mesures liberticides avant la loi Avia

Tout d’abord il convient de préciser que la loi Avia qui représente un recul net des libertés en France n’est que la suite d’une série de mesures liberticides imposées par le gouvernement.

Tout a commencé avec une autre loi tout aussi controversée que laloi Avia, la loi contre la « manipulation de l'information » en période électorale connue aussi sous le nom de « la loi contre les fake news », adoptée à la fin 2018. Sans être mentionnés directement, les médias pro-russes RT ou Sputnik qui ne cessent de croître leur influence en France étaient directement ciblés par cette loi. Le président Emmanuel Macron les avait déjà fustigés lors de la campagne présidentielle de 2017 en les accusant de « répandre des bobards inventés » via des milliers de comptes sur les réseaux sociaux.

Dans le même esprit, pendant la crise sanitaire liée au coronavirus, le gouvernement a mis en ligne sur son site le service controversé «désinfox» déployé pour sélectionner les articles luttant contre des «infox» et autres « fake news » sur le Covid-19 mais l’a retiré quelques jours plus tard face aux réactions des médias. Les citoyens ont également adressé des reproches légitimes au gouvernement en l’accusant de diffuser lui-même des « fake news » depuis le début de la crise sanitaire, sur les vrais chiffres des cas et décès liés au coronavirus, la nécessité de porter un masque ou encore la sous-estimation initiale des risques liés à la pandémie.

Le flou autour du concept de la « haine »

Après avoir analysé l’arrière-plan de la loi Avia qui lui a préparé le terrain, expliquons en quoi cette « loi contre la haine » consiste. Elle prévoit à partir de juillet pour les plateformes et les moteurs de recherche l’obligation de retirer sous 24 heures les contenus « manifestement illicites », sous peine d’être condamnés à des amendes allant jusqu’à 1,25 million d’euros.

La principale ambigüité de cette loi -qui la rend particulièrement dangereuse- concerne la détermination exacte des « contenus haineux ». Or ce n'est pas au juge judiciaire -qui est pourtant le garant, comme le prévoit la Constitution, des libertés individuelles- mais aux GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) que sera confiée cette mission de supprimer les « contenus haineux » que les utilisateurs leur signaleront. Si « l'injure, la provocation ou l'appel à la haine contre des personnes en raison de leur religion, orientation sexuelle ou origines, la négation et l'apologie des crimes contre l'humanité et le harcèlement sexuel en ligne » constituent les éléments principaux des « contenus haineux », les signalements abusifs des utilisateurs contre certains contenus de nature à déranger leurs intérêts peuvent constituer une atteinte à la liberté d'expression. Et en raison de l'amende astronomique qui pourra s'élever jusqu'à 1,25 million d'euros, les GAFA ne prendront certainement pas le temps de vérifier si les contenus signalés sont véritablement « haineux » ou non et censureront les utilisateurs au maximum afin de sauvegarder leurs intérêts.

Incompréhension et contestation dans les médias et les réseaux sociaux 

Sur RT France, la porte-parole Lydia Guirous des Républicains et essayiste Lydia Guirous, précise que « derrière cette tentative de museler la liberté d’expression, il y a une volonté de réduire les opinions divergentes » et qu'avec la loi Avia « il y a fort à parier que tout ce qui ne sera pas adoubé par la pensée unique, obsédé par la non-stigmatisation et le principe de précaution, sera mis en quarantaine par nos nouveaux censeurs ».

Mettant l’accent sur« l'obsession d'un pouvoir qui est gêné par la liberté », Philippe Bilger, président de l'Institut de la Parole, précise dans son blog, qu'« à force de vouloir, par la loi, purger l'humanité de ce qu'elle a de mauvais, on va détruire ce qu'elle peut avoir de bon dans sa nature ».

Sur le site Atlantico, Anne-Sophie Chazaud, chercheuse au collège doctoral de Philosophie UCLY, souligne que« les outils de censure se sont donc multipliés comme des petits pains sous une ère macronienne qui souffre difficilement la contradiction », ajoutant qu’« il n’appartient pas à un gouvernement de décréter ce qui relèverait d’une Vérité absolue, reléguant de facto tous les autres discours dans le champ de l’illégitimité ».

Sur les réseaux sociaux, les différentes voix s’accordent sur la dangerosité de cette loi en termes de libertés individuelles. Pour les internautes, cette loi contre la haine en ligne n’est qu’«un enfer pavé de bonnes intentions », « une menace mortelle pour la liberté d’expression », « un texte digne de la RDA » ou encore « une censure privée basée sur de simples suspicions ou accusations ».

En conclusion, il est évident que si le Conseil constitutionnel n’invalide pas certaines dispositions de loi Avia lorsqu’il rendra sa décision dans moins d’un mois, la France connaîtra également l’une des plus graves crises de son histoire en termes de libertés individuelles. Après l’oppression des gilets jaunes et même le placement en garde à vue pendant plusieurs heures d’une jeune femme à Toulouse pour avoir mis une banderole « Macronavirus, à quand la fin ? » sur sa maison, des répressions encore plus inconcevables se succèderont dans le pays. La loi Avia est d’autant moins crédible que son auteure, la députée Laeticia Avia (LREM) est « accusée de remarques racistes, sexistes et homophobes » par plusieurs de ses ex-collaborateurs avec des preuves à l’appui.

Espérons donc que dans le pays de « Liberté, Egalité, Fraternité », le principe de liberté ne soit rayé définitivement de la devise républicaine.

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

Comment les médias s’organisent pour continuer à informer

 

L’épidémie de Covid-19

Alors que les Français sont appelés à limiter leurs déplacements et respecter le confinement, l’information face à l’épidémie de Covid-19 est plus que jamais nécessaire. Mais comment font médias et journalistes pour informer sans eux-mêmes se mettre en danger ? Éléments de réponses du COJF, Radio et Télévisions.

Durant la semaine du 9 mars 2019, la France s’est graduellement mise à l’heure du Covid-19 en imposant, de façon successive, différentes mesures censées ralentir l’expansion de cette épidémie due au coronavirus SARS-CoV-2. Dans les médias, les nouvelles d’émissions aux tournages annulées ou reportées sont rapidement tombées. Et la question du rôle des médias et de leur mission dans ces temps incertains s’est très vite posée.

Depuis plusieurs jours voire semaines, on a pu voir dans les médias se multiplier les initiatives pour transmettre les informations sur l’épidémie, y compris durant la soirée électorale du premier tour des élections municipales.

Mais la question cruciale est aussi de savoir comment les journalistes peuvent continuer à travailler, et informer, dans cette situation inédite. Ces derniers sont souvent amenés à être sur le terrain, au contact de personnes potentiellement infectées ou fragiles, et à côtoyer de nombreux collègues dans des rédactions cumulant open space et petites salles de réunions. Que ce soit dans la presse papier, la radio ou la télévision, la décision a rapidement été prise de développer voire généraliser au maximum le télétravail.

Des tests d’ampleur avant la généralisation du télétravail

Télévisions, un test grandeur nature généralisé à tous les services a été organisé jeudi 12 mars afin d’évaluer la « capacité [du groupe] à assurer [ses] missions en mode télétravail, afin [de se] préparer à une éventuelle contrainte organisationnelle liée au développement de l’épidémie de coronavirus ». Du côté de Radio, le plan de continuité d’activité a été enclenché dimanche 15 mars. Dans un message envoyé  « comme tous les Français, nous sommes appelés à nous déplacer le moins possible ».

Aux journaux, c’est dès le mercredi 10 mars qu’un e-mail (à l’objet somme toute assez clair, « télétravail ») cosigné a été envoyé aux différents services. On pouvait notamment y lire que « les règles de présence dans la rédaction » seraient allégées, les demandes se faisant sur la base de volontariat. « Nous avons commencé par les rédacteurs, tous les journalistes plume, car c’est le plus simple, et c’est de cette façon que travaillent nos correspondants à l’international depuis des années. » Cela s’est fait de manière progressive et différente. « Nous nous organisons de manière assez volontaire, en fonction de ce que souhaitaient les services et les salariés ».

Exemple de fonction parmi tant d’autres au sein d’une newsroom : les secrétaires de rédaction (chargés de l’édition des textes) : « Il existe une culture d’entreprise avec pas mal d’échanges entre les équipes. Ils ont donc souhaité organiser une rotation entre eux pour alterner télétravail et présence sur place ». Par ailleurs, les équipes encore présentes ont été séparées dans différents bureaux et des espaces ont été libérés sur différents étages. Qu’entre 60 et 70 % de la population du service Web était déjà en télétravail.

Dès que l’Oise a été identifié comme foyer de contamination, le journal s’est interrogé sur les conditions de télétravail. Il a également fallu répondre à une autre question : comment couvrir cette information ? Et surtout, qui envoyer sur place, alors que les employés du groupe habitant dans l’Oise avaient pour consigne de rester chez eux. Au moment de l’interview, aucun employé n’avait été contaminé. « Mais on a tout de suite mis en place les règles sanitaires strictes en demandant aux gens de se laver les mains, minimiser les réunions, ne pas se réunir en nombre dans une petite salle ». 

Maintenir les rendez-vous d’information

Concernant le fonctionnement de la rédaction ainsi que les autres maillons de la chaîne en aval, avait commencé il y a une quinzaine de jours. « Dimanche [15 mars] soir et lundi [16 mars] nous étions encore assez nombreux au bureau pour traiter des élections municipales. Mais aujourd'hui, nous sommes descendus très nettement d'un cran. Nous commençons à nous dire que, service par service, il va falloir commencer à faire en sorte que les gens travaillent vraiment complètement à distance. »

Les rendez-vous d’information de manière continue afin de garantir un accès à l’information au plus grand nombre. « Il faut assurer un maximum l’antenne et mettre le plus grand nombre de personnes, identifiées par nos soins, pour la tenir. Si on ne peut pas bouger, si on est confinés, on ouvrira une ligne quelque part pour être en capacité de téléphoner et appeler à la fois les journalistes, les témoins et les compétents pour pouvoir nous répondre. Tout cela est mis en place, c'est déjà réfléchi. Nous sommes en train d’affecter des moyens techniques permettant à certains de nos journalistes de travailler depuis leur domicile. » Les groupes  est aussi en relation régulière avec le ministère de la Santé « Il y a des points réguliers entre le ministère et le comité de pilotage du groupe, et nous faisons régulièrement des réunions pour dire où nous en sommes. Nous avons même ouvert un groupe Whatsapp où l’on échange et pose nos questions ».

Une cellule de veille a été montée avec l’ensemble des directions du groupe.  Celle-ci « se réunit tous les jours à 17 h », pour reporter au comité exécutif du groupe, « Le rôle de cette cellule est d’observer l’évolution de la situation et d’instruire toutes les dispositions à prendre au sein de l’entreprise. » Au moment de l’interview, une partie de la direction de l’information travaillait déjà à distance. « Il a été demandé aux rédacteurs en chef du week-end de travailler les mercredi et jeudi de chez eux pour préparer les journaux des vendredi soir, samedi et dimanche. Ceux du 20 h semaine ont travaillé à leur domicile le vendredi » 

Les différentes chaînes de  Télévisions sont elles aussi tenues d’avoir un plan de continuité d’activité. « Notre ambition est de maintenir  — et même de renforcer  — l'ensemble des rendez-vous d'information des groupes. Même si nous sommes amenés à travailler en mode dégradé, en cette période d'extrême tension dans le pays, il faut que les téléspectateurs puissent regarder les journaux télévisés et avoir accès aux les informations indispensables, et évidemment à n’importe quel moment de la journée sur la chaîne d’information en continu.

Si du personnel venait à manquer 

Très concrètement, si du personnel venait à manquer, C’est d’ailleurs ce que le groupe vient d’annoncer. Et si l’ensemble du personnel à Paris était contaminé et dans l’incapacité de travailler ? « Notre force, c'est que nous sommes présents partout en France et dans ce cas-là, nos bureaux en régions et rédactions régionales pourraient prendre le relais le cas échéant. Nous n’en sommes pas là. Et uniquement 10 journalistes étaient mobilisables, nous répartirions nos forces pour assurer des rendez-vous France d’assumer notre mission d'information. » Ainsi, les deux groupes publics devraient dans tous les cas être en mesure de maintenir des rendez-vous d’information réguliers.

Menace sur les tirages de la presse papier

L’organisation du télétravail permet au titre continuer à produire des articles pour le web. Pour ce qui est du quotidien papier, la situation apparaît un peu plus compliquée, car certains aspects de la production peuvent être sérieusement mis en danger. « La nature même de notre métier est de produire de l'information et de la distribuer par le numérique, nous sommes capables de la livrer, quel que soit le nombre de malades, avec un volume plus ou moins important, et pendant assez longtemps », le problème se trouve sur les autres supports et formats. « Sur les enjeux de fabrication de contenus audio et vidéo, il sera compliqué de les faire sans les ingénieurs. Et du point de vue industriel, du côté de l’impression du papier, il y a un problème si le personnel de l’imprimerie est malade. »

D’autres aspects bloquant du côté du papier. Au service d’édition et de ses secrétaires de rédaction, chargés de la mise en page du quotidien, les journalistes « ont besoin d’une connexion à la fibre, de grands écrans. Depuis huit jours nous travaillons à régler ces problèmes, et je pense que d'ores et déjà, s’il ne fallait plus venir au bureau, on y arriverait tant bien que mal. Ce sont des équipes qui ont pour habitude de travailler collectivement, se passer les tâches d'une minute à l'autre, etc. La perspective de travailler seul les préoccupe plus que la moyenne des journalistes. Ensuite, il y a un enjeu technique qui n'est pas évident, et c'est là que nous avons une petite incertitude. » Ainsi, si le quotidien ne peut pas être imprimé, l’hebdo pourrait continuer à l’être, et un équilibrage pourrait s’opérer dans les sujets traités. « Nous avons envisagé toutes les possibilités de service dégradé, par exemple de réduire la pagination. Notre but est de continuer à faire un journal [au format] PDF, avec mise en page, afin que les gens puissent continuer à le lire sur tablette ou smartphone. ».

Pas de rapatriement pour les correspondants

Quant aux correspondants à l’étranger de chacun des médias interrogés, ils restent dans le pays où ils travaillent. « Ils sont en contact direct avec la rédaction. Nous leur indiquons les précautions à prendre, nous leur faisons parvenir le matériel nécessaire, retourné sur le terrain après être sorti de quatorzaine. »

« Nous maintenons nos correspondants à l’étranger dans les pays où ils sont affectés »

Même mot d’ordre, « Vu l’état de la situation internationale, nous maintenons nos correspondants à l’étranger dans les pays où ils sont affectés, de manière qu’ils puissent continuer à couvrir l’actualité vue de l’étranger. Parce qu’une fois à Paris, il y a de grandes chances pour qu’ils ne puissent plus repartir. 

Examens de santé et désinfections du matériel

Comment faire pour envoyer des équipes dans les zones touchées par le virus ? « Quand une équipe part dans un cluster (foyer d’infection, NDLR), elle passe voir le service médical au préalable, pour vérifier qu’elle est apte. Nous n’envoyons pas sur zone des personnes atteintes d’asthme, des diabétiques, ou des gens fortement d’enrhumés, afin d’éviter le plus de risques possibles. Les médecins du travail  sont entièrement mobilisés du matin jusqu'au soir. » Certains employés ont été mis en quarantaine, soit parce qu’ils sont passés par l’Assemblée nationale, soit parce que leur enfant, de retour de vacances, a pu séjourner dans une zone à risque. Des cas suspects ont été identifiés ces derniers jours et les salariés ont été pris en charge et confinés. Quant au matériel, il est désinfecté après utilisation et avant le retour dans les locaux. « Ça ne sert à rien de ramener le virus à l'intérieur, les équipes sont dotées des lingettes désinfectantes pour les caméras. Nous n’utilisons plus non plus de micros-cravates, car ils se positionnent trop près de la bouche de l'interlocuteur. Nous leur préférons donc le DO21, un petit micro que l'on désinfecte après utilisation. Ce sont des mesures très importantes pour garantir la sécurité de tous. 

Les premières mesures ont été prises par le groupe après l’apparition des zones rouges en Italie. Il fallait, dans un premier temps, « que tout déplacement soit signalé auprès de la présidence ou du secrétariat général de l’information ». Si les quarantaines de certains des reporters partis dans le nord de l’Italie ont pris fin, des procédures ont été instaurées pour les journalistes qui doivent se rendre dans les clusters français. « Le journaliste doit passer pas l'infirmerie, on lui fournit un kit avec des gants, un masque, du gel hydroalcoolique. Avant tout départ, nous parlons avec le journaliste et lui donnons des consignes de sécurité ». Des exemples ? « Ne pas toucher la main des gens qu'ils peuvent considérer comme étant malade », ou « faire les interviews en se tenant sur le côté pour ne pas recevoir de postillons sur la figure ».

« J'allais dire que nous avons presque mis en place les mêmes procédures que pour les zones de guerre. Ensuite, le ou la journaliste part faire son travail et avant la fin de sa mission, il est obligatoire qu'il ou elle m'appelle pour me faire un bilan de tout ce qui a pu être fait, et des risques qui ont pu être pris, les zones visitées, etc. » un rapport au médecin du travail, avec qui il prend la décision de faire revenir le personnel ou non. Par ailleurs, les CDD et les pigistes ne vont pas sur ces terrains-là, «Uniquement les titulaires volontaires.»

Des coopérations internationales se mettent aussi en place pour faciliter la communication d’informations entre les médias. À l’heure où l’épidémie de Covid-19 due au coronavirus SARS-CoV-2 se répand sur le monde, comme pour les citoyens, le confinement, la communication, l’entraide et la prudence sont plus que jamais les clés du succès pour les médias d’information, tous confrontés à la même problématique.

 

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard

 

Journée mondiale de la liberté de la presse

 

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La date du 3 mai sert de rappel aux gouvernements sur la nécessité de respecter leurs engagements en faveur de la liberté de la presse, de moment de réflexion pour les médias professionnels sur les questions relatives à la liberté de la presse et à la déontologie. Tout aussi important, la Journée mondiale de la liberté de la presse est un jour de soutien aux médias qui sont des cibles pour la restriction ou l'abolition de la liberté de la presse. C’est également une journée du souvenir pour les journalistes qui ont perdu leur vie dans l’exercice de leur profession.

Tous les ans, la Journée mondiale de la liberté de la presse permet de célébrer les principes fondamentaux de la liberté de la presse, d’évaluer la liberté de la presse à travers le monde, de défendre l’indépendance des médias et de rendre hommage aux journalistes qui ont perdu la vie dans l’exercice de leur profession. Le 3 mai a été proclamé Journée mondiale de la liberté de la presse par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1993, suivant la recommandation adoptée lors de la vingt-sixième session de la Conférence générale de l’UNESCO en 1991. Ce fut également une réponse à l’appel de journalistes africains qui, en 1991, ont proclamé la Déclaration de Windhoek sur le pluralisme et l’indépendance des médias.

L'UNESCO a au cœur de son mandat la liberté de la presse ainsi que la liberté d'expression. L'UNESCO pense que ces libertés permettent une compréhension mutuelle pour construire une paix durable. 

La Journée permet d’informer les citoyens sur les atteintes portées à la liberté de la presse. Dans des dizaines de pays à travers le monde, des publications sont censurées, condamnées, suspendues ou tout simplement n’ont plus le droit de paraître, alors que des journalistes, des rédacteurs en chef et des éditeurs sont harcelés, attaqués, détenus ou même tués.

A la faveur de cette date, nous pouvons encourager et développer des initiatives en faveur de la liberté de la presse mais également évaluer l’état de la liberté de la presse à travers le monde.

La liberté d’informer et de s’exprimer est un droit démocratique fondamental. 

Défendre l’accès pour tous les citoyens à une information fiable et indépendante est un devoir. 

 

Partout dans le monde, ne laissons pas se développer les atteintes à la liberté de la presse.

 

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

Gérer ses relations presse : Elections municipales

 

 

Communication politique / En matière de politique, les médias constituent un outil d’appréhension de la vie publique et participent de ce fait au débat démocratique. C’est d’autant plus vrai pour la presse quotidienne régionale (PQR) qui cristallise les expressions politiques locales dans des territoires circonscrits correspondants à ceux de leurs lectorats et avec bien souvent un monopole sur les territoires de diffusion. Autrement dit, les titres de la PQR sont des médias de proximité particulièrement utiles en période électorale pour cibler une population locale précise et obtenir ainsi un impact qualitatif dans une zone donnée. D’autant plus que dans un contexte de défiance des Français envers les journalistes, la PQR reste leader des médias comme la source de l’information la plus exclusive, utile et fiable.

Un impact à double sens des médias en communication politique

1. Les médias influencent le contexte à un moment T en produisant des effets indirects :

  • effets cognitifs, en informant sur l’environnement lointain de l’électeur ;
  • effets d’agenda, soit la désignation de problèmes et enjeux considérés prioritaires ;
  • effets de cadrage, à travers des schémas d’interprétation sur les enjeux et problèmes sociaux ;
  • effets d’amorçage, avec un traitement de l’actualité qui façonne les critères pertinents dans l’évaluation des candidats et situations politiques. 

Les médias impactent certains des aspects et sujets entrant en compte dans les choix des électeurs. Cela est intéressant puisque dans les petites communes en particulier et plus largement à l’échelle locale et régionale sur tout le territoire français, le quotidien régional constitue le vecteur d’information principal des habitants.

2. La prise en compte de ces effets indirects dans votre stratégie de relations presse peut vous permettre de trouver la bonne manière d’atteindre les citoyens à travers les médias et ainsi :

  • obtenir une forte visibilité auprès du lectorat et donc des électeurs sur un territoire donné ;
  • communiquer différemment sur vos idées et actions, grâce à des articles, reportages et interviews ;
  • renforcer votre crédibilité et votre légitimité.

A travers le traitement de l’actualité et y compris le traitement des campagnes électorales sur le territoire, la presse de proximité a un lien fort avec la démocratie qu’elle alimente. Si les citoyens pensent souvent que les médias n’influencent que les autres et non eux-mêmes (le fameux « effet de la troisième personne »), la visibilité acquise dans la presse et dans les médias audiovisuels pourra vous permettre une influence certaine. 

Quelques exemples de stratégie de relations presse en communication politique

Les médias sont par essence contributeurs dans le jeu démocratique, en témoignent la multitude de présentations de candidats, reportages sur les actions militantes ou encore les interviews en période électorale. Si l’action de terrain est l’aspect le plus important en période électorale et que les réseaux sociaux ont pris une place prépondérante en quelques années, les relations presse demeurent indispensables et particulièrement efficaces dans une stratégie de communication politique. Quelques exemples ci-dessous.

En décembre 2013, Anne Hidalgo, candidate socialiste à la mairie de Paris qui avait misé sur une stratégie de communication politique originale, a choisi de respecter l’usage en matière de relations presse avec une classique conférence de presse afin de présenter son programme électoral à un parterre de journalistes.

En 2016, dans la dernière ligne droite avant la date butoir pour collecter le nombre de parrainages nécessaire afin de se présenter à la primaire de la droite, Nathalie Kosciusko-Morizet n’a pas hésité à se mettre en scène tout au long de la dernière semaine. Les nombreux journalistes reçus dans son QG parisien ont ainsi vu la candidate réceptionner le courrier du jour et les militants compter les parrainages.

Vous l’aurez compris, qu’il s’agisse d’acquérir une visibilité, d’informer, de séduire ou de convaincre, les relations presse permettent d’atteindre le lectorat et donc les citoyens à travers la presse.

Un encadrement légal précis en période électorale 

Les principes et interdictions dans le Code électoral s’agissant de la communication politique en période électorale s’appliquent également vis-à-vis des médias. Ainsi, la communication institutionnelle et la propagande électorale doivent bien être distinguées et il est par exemple interdit pour l’équipe municipale de promouvoir le bilan et les actions du maire sortant candidat. En revanche, le bulletin municipal d’une commune, qui intègre les tribunes libres, ne saurait contrôler le contenu des articles rédigés par l’opposition, mêmes s’ils ont une vocation électorale. La publicité commerciale par voie audiovisuelle ou de presse est interdite si elle a une finalité électorale. Il existe un principe d’égalité stricte dans les médias : le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) contrôle le temps de parole et d’antenne (réalisé dans des conditions comparables) qui doit être strictement identique pour tous, sous peine de mise en demeure et sanction des médias. La presse écrite et Internet ne sont cependant pas soumis à ces règles et ont le droit d’être des médias d’opinion. Le week-end du scrutin, l’article L.49 du Code électoral proscrit toute propagande électorale – notamment audiovisuelle – et donc la diffusion d’élément nouveau de polémique électorale, d’un sondage électoral ou encore la publication d’un entretien avec un candidat dans un quotidien.

 Les principaux usages des relations presse

S’agissant de la couverture géographique des médias, ne sollicitez la Presse Quotidienne Nationale que s’il existe des enjeux particulièrement intéressants au-delà du seul territoire concerné. Privilégiez prioritairement la Presse Quotidienne Régionale dans un souci de proximité et de pertinence de vos actions. Les radios et télévisions locales sont idéales pour « humaniser » votre communication et maximiser votre visibilité, puisqu’elles sont pour la plupart gratuites et facilement accessibles.

De manière générale, vos relations avec la presse doivent être anticipées et finement pensées. Le plus important est de la tenir informée chaque fois et uniquement lorsque nécessaire. Le communiqué de presse reste le document le plus pertinent pour cela. Il devra nécessairement être court, informatif, structuré et avec un à deux verbatims pouvant être repris en l’état. Il sera adressé à des journalistes triés sur le volet – pas plus de trois par rédaction – et ajoutés à un fichier presse ne comprenant que les interlocuteurs idoines (couvrant votre zone géographique ainsi que vos sujets de prédilection – la politique, l’actualité régionale ou une thématique particulière). La diffusion du communiqué de presse pourra être suivie de relances auprès des journalistes. Pour entretenir vos liens avec les rédactions et obtenir des articles de fond étayés, pensez à proposer des exclusivités quand le sujet s’y prête et à diffuser les communiqués de presse sous embargo. La rédaction d’une tribune peut également constituer un excellent moyen de vous positionner et vous adresser au lectorat d’un média.

En ce qui concerne les rencontres avec la presse, trois grandes possibilités :

  • un rendez-vous informel ou une interview pour évoquer des sujets particulièrement intéressants ;
  • un reportage pour révéler des aspects du candidat et de sa campagne (fendre l’armure, personnalité, actions) ;
  • une conférence de presse pour une annonce importante comme la présentation de votre programme électoral. 

Enfin, ne négligez pas l’importance du digital. L’expansion fulgurante du Web couplée à la diversification des médias numériques et ainsi à l’expansion du volume d’informations en ligne démontrent une digitalisation d’une partie des médias. Une stratégie de relations presse efficace tient nécessairement compte de cet aspect-là. Si des influenceurs en ligne sont présents sur votre territoire, vous devez les intégrer à votre communication. Souvent, ces influenceurs développent une ligne éditoriale hybride à cheval entre la démarche journalistique traditionnelle et l’approche d’un citoyen engagé. 

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard