Les media, 4ème pouvoir ?

1 - Les media, définition

Le mot média dérive de medium, médian, médiateur, intermédiaire. Grammaticalement il est le pluriel de médium. A ce titre, étant déjà le pluriel de medium (latin), il ne nécessite pas de terminaison "s" dont on l'affuble généralement.
Les media sont des moyens de communication, donc des intermédiaires, entre deux (ou plusieurs) groupes d'individus : affichage, livre, journaux, revues, cinéma, radio, télévision, internet...

La nature intermédiaire des media tient au fait que A veut communiquer avec B mais une communication directe entre A et B est rendue impossible ou difficile pour différentes raisons : B est éloigné de A ou bien A et B ne parlent pas la même langue, ou encore B est multiple (B1, B2, B3, ...) et dispersé.
Les media étaient donc des intermédiaires dépendants de l'existence même de A et de B ainsi que de leur volonté de communication.
Si aujourd'hui, les media ont toujours besoin de A et B, ils ont acquis un savoir-faire tel qu'ils sont devenus incontournables dans tout processus de communication de masse (d'où le terme mass-media). Ils ont de ce fait acquis une certaine autonomie, voir une autonomie certaine.

C'est précisément cette autonomie, et les comportements qui vont avec, qui autorise leur qualification de quatrième pouvoir, après le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. D'où leur vient ce nouveau pouvoir ?

2 - Le pouvoir médiatique

Le pouvoir des mots...

Les mots ne sont pas seulement que des signes écrits ou des sons émis. Leur caractéristique essentielle est qu'ils sont porteurs d'un contenu. Chacun sait que, dits d'une certaine manière et dans un certain contexte, ils peuvent être doux et agréables; et aussi que, dits autrement et dans un autre contexte, ils peuvent être blessants. Leur arrangement peut en faire une poésie ou... un pamphlet.

L'invention de l'imprimerie a permis leur utilisation pour une communication écrite (livres, journaux, lettres, affiches, tracts, réclames...).

L'invention de la radio a rendu cette communication plus rapide et plus performante en ajoutant aux mots un timbre de voix et des intonations.

Puis la télévision, le cinéma... et maintenant l'ordinateur, la tablette, le smartphone... ont ajouté aux mots la magie de l'image.

Internet ajoute à la communication les caractères d'instantanéité, d'universalité et de réversibilité (interactivité).

Le super-pouvoir des images...

L'image transmet instantanément une quantité énorme d'informations. Elle peut être, tout aussi instantanément, interprétée par tout individu quels que soient sa langue ou son statut social. Sa caractéristique essentielle est sa capacité à générer instantanément une émotion, que cette émotion soit positive ou négative.

Sa deuxième caractéristique est de porter en elle un pouvoir de fascination. Cette fascination empêche, ou rend beaucoup plus difficile, l'expression d'une critique.

De telles caractéristiques donnent à l'image une supériorité écrasante sur la parole ou les mots. La narration d'un événement heureux, ou d'un accident, ou d'un fait de guerre n'aura pas la force d'impact que la même narration accompagnée d'images, surtout si les images sont "vivantes" (vidéos).

En plus de la charge émotionnelle qu'elle transporte, l'image donne à l'événement un caractère d'authenticité : "C'est vrai! je l'ai vu". Le marketing commercial s'est emparé de cette propriété en affichant dans les rayons des magasins les stickers "Vu à la Télé".

L'usage de ce pouvoir ne présente pas que des avantages. L'image peut devenir un puissant outil de manipulation. Les publicistes l'utilisent dans leurs spots pour créer une atmosphère favorable avant même la révélation du produit; une atmosphère qui amène le désir de savoir, qui mobilise l'attention, qui rend perméable. A tel point que le temps du spot publicitaire consacré au produit lui-même peut devenir dérisoire par rapport au temps de mise en condition. Ne vous est-il jamais arrivé, en regardant ces pubs, de vous demander "...mais où veulent-ils en venir?"

Des images identiques peuvent, par des techniques de manipulation et de présentation, raconter (ou suggérer) des histoires très différentes les unes des autres, comme le montre l'effet Koulechov décrypté ici.

Le pouvoir des écrans sur nos enfants

Nos enfants sont les plus vulnérables au pouvoir médiatique, à travers les jeux et vidéos sur les écrans d'ordinateur, mais aussi et surtout sur les écrans des tablettes et smartphones. Nous vous renvoyons au reportage du magazine "Envoyé spécial" qui montre comment les industriels entretiennent l'addiction aux jeux sur smartphone et pourquoi des scientifiques dénoncent leur impact sur le cerveau de l'enfant.

Le pouvoir médiatique associé au pouvoir de l'argent

Les media télévisuels mettent en oeuvre d'énormes moyens techniques et humains pour la production d'images. Ces moyens nécessitent évidemment des moyens financiers en rapport, ce qui implique deux conséquences :

  • Les media privés sont détenus par de riches propriétaires qui s'en servent pour véhiculer leur image et celle de leurs entreprises commerciales.
  • La rentabilité d'un media passe obligatoirement (et quasi exclusivement) par le recours à la publicité. Ce qui amène à subir des contraintes imposées par les annonceurs en terme de philosophie générale et comportementale du média (ce que l'on appelle la ligne éditoriale).

Le pouvoir de l'argent amène ainsi à choisir, parmi les informations disponibles, celles que le media va développer au détriment d'autres. Ces développements préférentiels qui maximisent telle information et minimalisent telle autre orientent l'information et, ce faisant, manipulent l'opinion.

Ce qui vaut pour l'information, vaut, évidemment, pour la diffusion du divertissement ou de la culture.

Les propriétaires des instituts de sondage

CSA

Groupe Bolloré

BVA

Groupe Bolloré + Drahi + Rothschild

IFOP

Laurence Parisot, actionnaire majoritaire

IPSOS

Pinault + Fidelity (fonds d'investissement américain)

SOFRES

Voir encadré ci-dessous

Justifications détaillées sur le site "Parti de Gauche Midi Pyrénées".

On comprendra aisément que les résultats des sondages puissent être "corrigés" dans un sens qui soit favorable aux patrons de ces instituts, notamment en matière électorale (mais pas que).
C'est pour cela aussi que les résultats sortis des urnes diffèrent souvent beaucoup des prévisions annoncées par les sondages préélectoraux.

SOFRES : selon Wikipedia (extrait)

1963 : création de la Sofres par Pierre Weill.
1997 : Taylor Nelson AGB et la Sofres fusionnent (=> TNS)
2008 : rachat du groupe TNS par WPP pour 1.5 milliard d'euros. Il intègre Kantar, le réseau mondial Etudes de WPP.
août 2015 : TNS Sofres s'installe à Paris, 3 avenue Pierre Masse, dans le XIVe arrondissement.
2016 : la société prend le nom de Kantar TNS. Sébastien Auzière en est le vice-président.

Note : Sébastien Auzière est le fils aîné de Brigitte MACRON

3 - Information / manipulation

Comme il a été dit ci-dessus, le financement des médias dépend de capitaux privés qui donnent aux apporteurs le pouvoir de modifier l'information en fonction de leurs intérêts.

Audimat
Les recettes publicitaires constituent le "nerf de la guerre" de la plupart des media. Publicité rime avec audience, c'est-à-dire masse des individus qui suivent le media et susceptibles d'être touchés par les spots publicitaires qui y sont diffusés. D'où la course à l'audimat nécessitant la mise en oeuvre de techniques de racolage qui risquent de se substituer à l'information objective. La course à l'audimat influe sur le choix des sujets, le développement de chacun des sujets, leur mise en scène pour être à la une ou au contraire être relégués au négligeable.

Interactivité et représentativité
L'auditeur est de plus en plus invité à intervenir à l'antenne pour donner son avis, le téléspectateur est invité à des émissions de débats politiques. Mais est-ce là la démocratie directe ou une mascarade de démocratie ? Tout est fait pour que l'auditeur ou le téléspectateur intervenant soit perçu comme le représentant d'une classe d'opinion. En réalité les intervenants extérieurs sont filtrés avant même leur intervention. Dans certaines émissions ils sont préalablement conditionnés pour réagir aux moments propices en applaudissant ou pour brandissant de petites pancartes expressives et préparées à l'avance. Difficile, dans ces conditions d'être représentatif d'une quelconque catégorie de téléspectateurs; représentatif plutôt de la capacité manipulatrice du media en question.

Les techniques
L'audience (le lectorat pour la presse écrite) est l'objectif à atteindre. Pour y arriver, la seule diffusion d'un contenu ne suffit pas; il faut encore que ce contenu soit "habillé" conformément à l'image que le media veut donner; conformément aussi à sa ligne éditoriale.

Une technique très utilisée pour donner de la crédibilité au contenu est le recours aux "experts", ces supposés spécialistes du sujet en cours. Ces experts s'avèrent être souvent de bien piètres spécialistes, ainsi que le montre cet article de Mathias Reymond relevé sur le site ACRIMED. Les experts sont là pour accréditer le message que le media en question veut faire passer.

D'autres techniques, plus simples et moins coûteuses, sont mises en oeuvre pour atteindre l'objectif de persuasion. La répétition des slogans, la mise en valeur de certains détails et l'omission d'autres, la création d'une illusion d'unanimité, l'utilisation de la conformité des propos à la loi, à une coutume, à l'opinion... sont autant de moyens mis en oeuvre pour augmenter l'audience et "vendre" le media aux annonceurs.

4 - Media et politique

Le pouvoir acquis par les media depuis quelques décennies est particulièrement visible dans le domaine politique.

Au temps de l'ORTF (disparue en 1974), les chaînes de télévision étaient sous le contrôle de l'Etat. On se souviendra des discours solennels et ex-cathedra du Général de Gaulle. Les temps ont bien changé depuis. La 1ère chaîne de télévision TF1 a été privatisée en 1984 et d'innombrables chaînes privées ont ensuite vu le jour. Leur influence n'a cessé de grandir au point d'être aujourd'hui incontournables, y compris par le pouvoir politique lui-même. Leur influence s'exerce au quotidien sur l'action politique :

  • Par la façon dont ils rendent compte de la mise en oeuvre de la politique intérieure de l'Etat,
  • Par le compte rendu qu'ils font de la politique extérieure et des conflits en cours,
  • Par leur façon de présenter telle ou telle manifestation,
  • Par le compte rendu des débats nationaux,
  • Par le jeu des commentaires et des invitations à débattre...

Dans le débat politique avec les citoyens les media poussent les hommes politiques à la starisation. Les débats politiques publics qu'ils organisent prennent alors l'allure de shows télévisés qui visent plus l'attraction d'audience que la diffusion des idées.

Lors des primaires des présidentielles 2017 il était comique d'observer la soumission des candidats à leurs intervieweurs par des petites phrases révélatrices : "Si vous le permettez M...., j'aimerais ajouter..., sans vouloir vous offenser...." montrant que ce ne sont pas les politiques qui sont maîtres du jeu, mais bien les journalistes.

La dépossession des politiciens passe par l'intrusion dans leur vie personnelle, et parfois intime. Leur habillement, leur look, leurs fréquentations, deviennent plus importants que le contenu de leur discours politique. Ce qui amène à une dépolitisation des débats pouvant aller jusqu'à l'indifférence du public au contenu. Le public ne retiendra alors que : "elle a été bonne", "il a été mauvais"...

L'exercice de ce pouvoir médiatique oblige les politiciens eux-mêmes à utiliser les techniques de communication en faisant appel à des conseillers en communication. Nous sommes passés à l'ère de la politique spectacle.

Le résultat en est que, pour être performant, la forme (l'émotionnel, le populisme...) devient plus important que le fond (analyse, raisonnement...).

A titre d'exemple, voici ce qu'en dit Jean-Luc Mélenchon à propos des "Matinales de France Inter"

5 - Media et opinion publique

On pense forcément comme son journal habituel;
sinon on en changerait!

Comme déjà dit, la rentabilité d'un média (sauf pour les quotidiens, de plus en plus rares, qui vivent des abonnements de leurs lecteurs) passe par la publicité. Plus l'auditoire est important, plus on peut vendre de spots. Et en corollaire, plus il y a de pub, plus les annonceurs peuvent vendre ce qu'ils ont à vendre. Dit autrement, tout media qui vit de la publicité est nécessairement "un pousse à la consommation".

Ce qui amena (en 2004) Patrick Lelay PDG de TF1 à définir ainsi l'objectif des programmes : "Nos émissions ont pour vocation de rendre [le téléspectateur] disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages". Le but du media n'est donc aucunement d'informer objectivement le téléspectateur, pas plus que de perfectionner sa culture. Le but est de le divertir agréablement pour qu'il soit réceptif aux "messages"; autrement dit de ramollir son cerveau, de le rendre disponible et perméable, et autant que faire se peut, de réduire au mieux son esprit critique. Donnez-leur du pain et des jeux! vous connaissez la célèbre formule...

Les media fonctionnent souvent de pair avec une autre institution : le sondage d'opinion. Le sondage peut avoir diverses fonctions :

  • Il permet à son commanditaire d'avoir les réponses aux questions qu'il se pose : l'image qu'il a dans l'opinion, ou bien ce que pense l'opinion de telle mesure politique, etc.
  • Il permet surtout au media d'adapter le contenu diffusé à son auditoire et aussi de déterminer les inflexions à apporter à sa ligne éditoriale pour toucher et conquérir une part plus importante de public.
  • Il peut encore utiliser les résultats pour exercer des pressions sur le gouvernement ou la classe politique. Il est alors utilisé à l'instar des manifestations de rue visant à obtenir des avantages ou à éviter un désavantage.
  • Il est aussi utilisé pour tenter de forger l'opinion publique dans un sens favorable au media qui le commande, en matière électorale notamment. Son utilisation vise alors à faire croire que le résultat annoncé par le sondage est un résultat déjà acquis et qu'il ne sert à rien de continuer à être contre. Nous sommes là dans la manipulation à l'état pur...

Il faut noter que, sur ce plan, (à force peut-être de manipulation des résultats?) de plus en plus de sondages se trompent souvent : Ils se sont trompés sur le résultat de la consultation des britanniques sur le Brexit, sur l'élection de Trump aux USA, en France sur le résultat des primaires de droite aux présidentielles de 2017.

6 - Faut-il se méfier des media ?

L'homme est doté d'une capacité de réflexion qui lui permet d'exercer son sens critique. A l'instar des questions qu'il se pose avant l'utilisation d'un médicament, ou au moment de l'achat d'un simple produit alimentaire, il devrait se poser des questions similaires sur toute information qui vient nourrir son intellect.

"Mais, me direz-vous, on ne peut pas en permanence se méfier de tout, suspecter tout, se poser des questions sur tout..."

Non! Il ne s'agit pas de se mettre la pression pour être stressé par tout et à chaque instant. Nous n'avons pas besoin d'être en éveil permanent pour savoir réagir de façon réflexe à un danger qui se présente dans la vie quotidienne. Ce qui est souhaitable c'est que le réflexe de précaution vis à vis de l'information soit acquis dès le plus jeune âge comme on apprend à se méfier du feu, de l'eau ou d'autres dangers. Se méfier du feu ou de l'eau ne signifie pas que tout feu ou toute eau est dangereuse... à condition que l'on soit en capacité de discriminer de façon réflexe entre l'utile et le dangereux. Une fois ce réflexe de questionnement installé, le cerveau sait faire le reste automatiquement pour enclencher l'analyse systématique. En ce qui concerne le danger des media, il faut bien reconnaître que nous n'y avons pas été préparés, ni dans la famille, ni à l'école.

Lorsque nous décelons une information douteuse, nous avons toujours la possibilité d'en parler autour de nous ou d'aller chercher d'autres sources d'information, de comparer et de réagir à bon escient. Encore faudrait-il accepter que le doute soit un réflexe positif. .. et peut-être même salvateur de l'avenir de l'homme pensant.

Un cerveau non sélectif est comme un ordinateur sans anti-virus. Il est en risque permanent d'infection.

7 - Têtes à claques

Lorsqu'un(e) journaliste d'opinion interviewe un(e) invité(e) politique, la simple logique voudrait que cet interview aboutisse à un authentique éclairage des auditeurs de la chaîne audio-télé-visuelle pour que ces derniers puisssent se faire, ou puissent affiner, une opinion sur l'invité politique, sur son discours, sur son projet.

Or, une attitude de plus en plus caractéristique chez les journalistes consiste à interroger leurs invités politiques, non pas pour avoir une réponse claire aux questions posées, mais pour chercher systématiquement à mettre ces invités en difficulté. La technique utilisée consiste à poser une question puis, aussitôt le début de réponse amorcé, à interrompre, à contester, à détourner, à harceler, . .. bref, à tout faire pour obtenir la réponse souhaitée par le-la journaliste sans jamais laisser à l'invité la possibilité de répondre posément. La plupart du temps d'ailleurs l'interview tourne à la véritable cacophonie qui noie la réponse attendue par l'auditeur.

L'objectif du journaliste devrait être - par définition - d'informer. Or cette attitude ne vise qu'à faire le "buzz" du media concerné; aucunement à éclairer objectivement les auditeurs.

Parmi ces "journalistes" têtes à claques on pourra notamment écouter Jean-Michel Aphatie sur France Info le matin de 8h30 à 9h00, Ruth Elkrief et Nathalie Levy sur BFMTV, Laurence Ferrari sur i-Télé, Elizabeth Martichoux sur RTL, David Pujadas sur France 2...

8 - Communication dans le futur

Lorsque j'étais adolescent, j'ai souvent rêvé de communiquer avec mes interlocuteurs sans avoir besoin de parler; juste en ouvrant à l'autre nos cerveaux respectifs. Cette façon de communiquer a le suprême avantage de n'avoir aucun besoin de décrire sa pensée, ni de n'avoir aucun risque de déformation de la pensée au cours de la transmission : L'interlocuteur voit ma pensée exactement comme moi je la fabrique et moi je vois la sienne de la même manière. Finies les longues digressions explicatives, fini le sentiment de n'avoir pas été complètement compris. On n'échange plus par paroles; on accède directement à la pensée dans son contexte exact; on n'échange plus par mots mais par transmission instantanée de concepts.

Aujourd'hui plusieurs projets visent à transformer cette utopie en réalité. Le projet Neuralink porté par Elon Musk, le PDG de SpaceX et Tesla, vise à relier le cerveau à un ordinateur de manière non invasive. Cette technologie est sensée démultiplier les capacités du cerveau humain en lisant directement nos pensées et en les retranscrirvant sous forme de texte.

De son côté, Facebook, lors de sa conférence annuelle pour les développeurs, organisée en Californie les 18 et 19 avril 2017, a annoncé que 60 scientifiques et ingénieurs spécialistes des technologies d'intelligence artificielle travaillent déjà sur le projet de lire dans les pensées : "Nous avons l'objectif de créer un dispositif capable de taper à 100 mots par minute, soit 5 fois plus vite que ce dont vous êtes capable sur un smartphone, et ce directement depuis votre cerveau".

Si ces projets aboutissaient, ce serait un pas décisif dans la robotisation définitive de l'Homme, déjà bien amorcée par le formatage médiatique qui, déjà, ne nous permet plus de penser librement. Nous serions alors complètement dépossédés de ce qui fait notre spécificité : notre capacité à fabriquer de la pensée. Nos pensées ne nous appartiendraient plus.

Revenons à mes rêves d'adolescent. L'ouverture de mon cerveau pour partager avec exactitude mes idées sans paroles était implicitement assortie de deux conditions :

  • L'ouverture est limitée à l'interlocuteur que je choisis librement
  • L'ouverture est limitée aux contenus que j'ai librement décidé de partager.

Qu'en sera-t-il lorsque Facebook et d'autres se seront approprié nos cerveaux? Il est déjà plus que temps d'y penser... avant que notre pensée ne nous appartienne plus!

Source : Changer de bocal (03/02/2018, publié le 13/02/2018 sur La Toupie)

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

Le baromètre annuel sur la crédibilité des médias montre que la radio reste le plus plébiscité, devant les journaux, la télé et Internet.

La confiance des Français envers les médias en légère hausse, mais leur traitement de l’épidémie de Covid-19 divise.

La confiance des Français envers les médias a légèrement remonté, mais l’opinion est très partagée quant au traitement médiatique de la pandémie de Covid-19, d’après le trente-quatrième baromètre annuel réalisé par Kantar entre les 7 et 11 janvier, pour le quotidien La Croix, et publié mercredi 27 janvier.

Alors que l’intérêt des Français pour l’actualité a rebondi de huit points, à 67 %, après être tombé l’an dernier à un niveau historiquement bas, la crédibilité des médias se redresse légèrement pour la deuxième année consécutive, après avoir connu son niveau le plus bas absolu en pleine crise des « gilets jaunes », même si elle reste à des niveaux très faibles.

La radio arrive toujours en tête : 52 % des Français, soit deux points de plus que l’an dernier, jugent qu’elle diffuse des nouvelles fidèles à la réalité, devant les journaux (deux points de plus, à 48 %) et la télévision (deux points de plus, à 42 %). Enfin, la crédibilité d’Internet (mesurée depuis 2005) se requinque plus nettement, mais reste encore très basse (cinq points de plus, à 28 %).

« On voit un retour modéré de la confiance accordée par les Français aux médias », a résumé lors d’une conférence de presse Guillaume Caline, de Kantar, pour qui cette timide embellie est sans doute le reflet du travail d’information effectué autour de la pandémie. « Pendant toute cette période, il n’y a pas eu de rupture [de l’activité médiatique], les journalistes ont continué à faire leur travail et à informer, ce qui est essentiel pour le fonctionnement d’une démocratie », a commenté Pascal Ruffenach, président du directoire du groupe Bayard, la maison mère de La Croix.

Interrogations sur le traitement de l’épidémie

Cependant, interrogés sur le traitement par les médias de l’épidémie de Covid-19, les Français se montrent extrêmement partagés : 44 % d’avis positifs contre 43 % d’opinions négatives. Parmi les principaux reproches : le fait d’avoir donné trop d’importance à des non-spécialistes (pour 73 % des sondés) et d’avoir dramatisé les événements (66 %). En outre, 74 % des Français jugent que les médias ont trop parlé du Covid-19.

Neuf Français sur dix pensent, en revanche, avoir été bien informés sur les gestes barrières et le port du masque, et plus de trois sur quatre en ce qui concerne les règles du confinement et du déconfinement. « Ce sondage montre que les médias ont fait une vraie info service de qualité » durant cette crise sanitaire, plébiscitée par le public, a estimé le sociologue des médias Arnaud Mercier.

Mais, pour lui, « il y a un échec d’une partie des médias dans le choix des personnes qui ont été invitées » à la télévision, citant l’exemple de Laurent Toubiana, une des personnalités qui assurait qu’il n’y aurait pas de deuxième vague et qui « a eu table ouverte pendant des jours » sur les plateaux, jusqu’à ce qu’elle se matérialise.

« Pas là pour être pour ou contre »

Autre écueil, selon lui, la question de l’hydroxychloroquine : « Un certain nombre de médias sont tombés dans un travers, avec une confusion entre les désaccords factuels entre scientifiques » et « une polémique de nature politique ».

« On n’est pas là pour être pour ou contre la chloroquine », s’est défendu Adeline François, coprésentatrice de la matinale de BFMTV. « Notre travail de journaliste n’était pas d’être virologues », mais de trouver des spécialistes et de « leur poser les questions qu’il fallait, et se faire le relais des préoccupations des Français », et ce, alors que personne n’avait au début de connaissances fermes sur le nouveau coronavirus.

Estelle Cognacq, directrice de la rédaction de Franceinfo, a relevé, quant à elle, une certaine « ambiguïté » du public : « Les Français trouvent qu’on a trop parlé du Covid, mais ce sont aujourd’hui les sujets qui marchent le mieux, il y a toujours une demande de savoir où on en est au sujet des vaccins », des variants, d’un nouveau confinement, etc. Et quel que soit le sujet abordé, de l’économie au théâtre, en passant par la gastronomie, de toute façon « on retombe toujours sur le Covid », a souligné sa consœur de BFMTV.

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

Journaux, radios, télévision…

 

La crise du coronavirus, un tournant important pour les médias

Journaux, radios, télévision... Cette crise sanitaire sans précédent peut permettre de refonder la confiance des gens dans les médias.

La crise va-t-elle changer les médias ? L'épidémie de coronavirus qui s'étend à travers le monde est aussi une nouvelle épreuve pour ce secteur qui traversait déjà une crise de confiance inédite. Les citoyens confinés restent partout scotchés à l'information. Dès le début du mois de mars, plus de 90% des Italiens, Japonais et Coréens s'informaient une fois par jour sur les actualités liées au virus, et plus de la moitié plusieurs fois par jour, selon un sondage Edelman réalisé du 6 au 10 mars.

Si les réseaux sociaux ont brisé le quasi-monopole des médias sur l'information, la presse reste centrale: pour s'informer sur le virus, la moitié des Américains continuent de faire confiance aux médias traditionnels, et beaucoup moins aux réseaux sociaux, selon un autre sondage réalisé par l'institut Ipsos à la mi-mars, pour le média Axios. Cette crise pourrait bien être une occasion pour les médias de retrouver la confiance des lecteurs. Et pour les lecteurs confinés de choisir les titres, petits ou grands, auxquels ils accordent leur confiance.

Refonder la confiance dans les médias

«Il n'est pas trop tard pour refonder la confiance des gens dans la science, les autorités publiques et les médias», a plaidé l'historien israélien Yuval Noah Harari dans le Financial Times. «C'est un moment important pour les médias», confirme l'historien Patrick Eveno, président du Conseil français de déontologie journalistique. «D'abord pour montrer qu'ils sont au service du public, avec des infos fiables, en faisant le tri». Non, le coronavirus détecté en Chine n'a pas été créé puis breveté par l'institut Pasteur, a souligné Factuel, le blog de fact-checking de l'AFP. Non, on ne sait pas si la chaleur printanière «tue» littéralement les virus.

«Dans le cadre d'une urgence sanitaire publique, une information fiable et exacte est vitale, et la BBC a un rôle clef a jouer», a souligné sur son antenne Fran Unsworth, la directrice de l'information du média public britannique, qui connaît aussi des records de fréquentation. «Les lecteurs cherchent des analyses supplémentaires, des infos-services et des témoignages», explique de son côté Ricardo Kirschbaum, de Clarín, le quotidien argentin le plus vendu. Le journal a vu exploser la fréquentation de son site, des lecteurs s'y rendant directement, sans passer par les réseaux sociaux. «Ils veulent savoir ce qui se passe dans d'autres pays, comme l'Italie, l'Espagne et la France, que nous couvrons avec nos propres correspondants». Le journal a aussi lancé une newsletter quotidienne avec les infos essentielles sur la pandémie.

Être solidaires et remplir son rôle

«Ce n'est pas une période propice aux scoops, au business as usual», souligne Marina Walker, du Pulitzer Center, une ONG américaine de soutien au journalisme. «Nous sommes tous face au même ennemi: c'est le moment d'être solidaires, de travailler en profondeur, de montrer qu'on écrit pour nos lecteurs et pas pour des agendas politiques ou des intérêts économiques». Le centre Pulitzer soutient financièrement des projets journalistiques qui misent sur la collaboration entre plusieurs rédactions, pour couvrir des aspects oubliés de la crises.

De nombreux médias ont pourtant déjà péché par lenteur au début de la crise, tempère le sociologue italien Edoardo Novelli, de l'université Roma 3. Selon son étude «Infomood» sur les publications de 257 médias européens sur Facebook, réalisée du 1er janvier au 14 mars, les journaux se sont fait largement influencer par leur gouvernement national, qui en Allemagne, France ou au Royaume-Uni, ont sous-estimé la crise à venir. «Ils n'ont pas rempli leur rôle», regrette cet ex-journaliste devenu professeur de communication et de sociologie.

D'autres ont relayé des infox, comme le Daily Mail au Royaume-Uni, avec l'idée que le virus avait été initialement contracté par une personne ayant mangé une soupe de chauve-souris en Chine. Un conte repris par d'autres tabloïds. La crise pourrait, enfin, accélérer une transition en cours : la mort des quotidiens papier. Alors que la France entrait en quarantaine, les ventes de quotidiens en kiosque ont baissé de 24% le lundi 16 et de 31% le mardi 17 mars, selon le distributeur Presstalis. «Des journaux vont périr ou se regrouper, tout dépendra de la longueur du phénomène», souligne l'historien Patrick Eveno. «Mais les médias qui sont considérés comme fiables vont en profiter en multipliant leurs abonnements numériques.»

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard  

 

Démocratie et séparation des pouvoirs

 

 

Dans les sociétés démocratiques, il y a une forte séparation entre les pouvoirs. Dans quels buts ?

1. Démocratie et État de droit

a. Qu’est-ce que la démocratie ?

La démocratie est une forme de gouvernement où le pouvoir est donné au peuple. Celui-ci peut l’exercer directement comme sous l’Antiquité à Athènes. Les citoyens étaient tirés au sort pour faire partie de la Boulé et préparer les discussions et les votes sur le forum.
En revanche, ce mode de gouvernement ne peut être appliqué lorsque le peuple est trop nombreux. Les États démocratiques appliquent alors un système indirect où les citoyens élisent des représentants pour un mandat d’une durée définie (démocratie représentative). Par exemple, les élus en France ont un mandat représentatif, ils représentent donc tous les citoyens (et non pas seulement leurs électeurs).

La démocratie est devenue une norme internationale, un idéal partagé, mais elle est pratiquée sous diverses formes et même certains régimes autoritaires se prévalent d’être des démocraties !

b. L’État de droit

L'État de droit est un système institutionnel dans lequel la puissance publique est soumise au droit. L’État doit faire respecter les règles juridiques et s’y soumettre lui aussi. Ce système permet alors une égalité de tous vis-à-vis de la loi, une limitation du pouvoir de l’État et donc de tentations autoritaires.
Dans un tel système il y a la nécessité de définir une hiérarchie entre les normes juridiques. En France, on trouve au sommet de cette hiérarchie :
- la Constitution (règles liées au fonctionnement de l’État) ;
- les lois et règlements européens qui devancent les lois françaises ;
- les ordonnances, décrets… ;
- les contrats de droit privé entre les individus.

L’État de droit se dote d’institutions qui sont capables de faire respecter ces règles comme une justice indépendante où le conseil constitutionnel est chargé de vérifier la conformité des lois et des décisions publiques vis-à-vis de la Constitution française.

2. Démocratie et séparation des pouvoirs

a. Le principe de séparation des pouvoirs

Montesquieu, dans De l’esprit des lois publié en 1748, déclare qu'« il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Il est considéré comme le père du principe de « séparation des pouvoirs » car pour lui : « tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ».

Il faut donc une séparation stricte des pouvoirs pour que chacun puisse surveiller et contrebalancer les autres. Tous les pouvoirs ne doivent pas être réunis chez une même personne ou groupe de personnes sinon le risque est grand qu’ils ne le confisquent et s’en servent à des fins personnelles. Il existe trois grands pouvoirs qui sont censés être indépendants : le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire.

b. Une mise en œuvre parfois difficile

Ce principe est difficile à mettre strictement en œuvre. La France est un État qui a une faible séparation des pouvoirs. Au niveau constitutionnel, par exemple, le Président de la République (pouvoir exécutif) peut dissoudre l’Assemblée nationale (pouvoir législatif) et inversement, celle-ci peut voter une motion de censure contre le gouvernement et l’obliger à démissionner. Les pouvoirs ne sont pas alors indépendants l’un de l’autre.

Le chef de l’État reste parfois le chef de la majorité qui siège au Parlement et crée un lien entre pouvoir exécutif et législatif. Certains ministres ont aussi des mandats législatifs (qu’ils abandonnent le temps qu'ils sont au gouvernement) mais cela montre aussi une frontière faible entre les deux pouvoirs.

Enfin l’indépendance de la justice est souvent bien relative. Les magistrats du parquet (procureurs généraux et procureurs notamment) sont nommés par le pouvoir exécutif et n’ont pas de garantie d’inamovibilité comme leurs confrères du siège. Ainsi, ils peuvent être mutés par décision du pouvoir exécutif et sont parfois considérés comme étant soumis aux décisions politiques. Dans certains cas récents, on a pu reprocher à des procureurs de ne pas demander d'instructions sur des « affaires » concernant des hommes politiques en exercice…

L'essentiel :

La France est une démocratie représentative organisée sous forme d’État de droit. Les normes juridiques servent à garantir l’égalité de tous devant la justice. Le pouvoir de l’État doit donc être divisé pour éviter les tentations autoritaires mais ce principe n’est respecté que partiellement.

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

 

Vœux 2021 du Conseil de l'ordre des Journalistes France

 

On pensait que le coronavirus nous laisserait tranquille et bien ce n'est pas le cas apparemment.

L'année se termine et la Covid 19 est toujours là !

Que cette nouvelle année soit meilleure que l'année passée et qu'elle nous débarrasse de ce maudit coronavirus.

Je souhaite à tous vos adhérents une très bonne et heureuse année 2021.

Quelle vous apporte la joie à vous, vos familles et la réussite professionnelle.

Vous savez tous l’estime, la considération et le respect que j’ai pour la profession de journaliste.

En effet, nous exerçons un métier passionnant et ce, dans des conditions souvent très difficiles.

Le journalisme est un métier qui exige beaucoup de courage et d’investissement personnel.

Je voudrais profiter de ce moment pour saluer une fois de plus notre persévérance et notre volonté inébranlable d’informer le public en respectant totalement, notre charte nationale unique.

Je souhaite que vous puissiez éprouver en 2021 du Bien-être et du plaisir dans vos actions quotidiennes qui contribueront à la réussite du projet collectif qu’ensemble nous mettrons en œuvre  pour les Medias.

Bonne année à vous

 

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard